LE MAIRE.—Pour ne pas faire de ratures sur mon registre.

DURANTIN.—C’est juste, en laissant la place en blanc, gn’y aura point de ratures.

PITON.—Mais monsieur le maire, y faut bien que vous leur z’y donniez des prénoms, à ces enfants. Comment voulez-vous qu’on les distingue l’un de l’autre, et de leurs frères, si s’appelont Piton tout court? Moi, je m’appelle François; vous Nicaise, et mon compère que v’là, Benoît-Floréal: tout le monde a des prénoms; c’est l’usage, et puis c’est commode.

LE MAIRE.—Ce n’est pas moi qui donne les prénoms, c’est M. le curé.

PITON.—M. le curé! Et si... une supposition, monsieur le maire, je ne voulions pas faire baptiser nos jumeaux, y n’auriont donc point de prénoms?

LE MAIRE.—Point de propos séditieux, monsieur Piton, je vous en prie. Il y a un procureur du roi à Senlis. Vous ferez baptiser vos enfants, et M. le curé verra quels noms vous voulez leur donner.

PITON.—M. le curé verra, dites-vous? Je ne sommes donc pas libres de nommer nos enfants comme je voulons?

LE MAIRE.—Certainement non. Vous vous imaginez que M. le curé souffrira que vous les nommiez d’un nom dangereux?

LEROUX.—Des noms dangereux! est-ce qu’il y en a?

LE MAIRE.—Tiens, s’il y en a! n’a-t-on pas vu des gens nommer leurs enfants Bonaparte?