PITON.—Napoléon, tout au plus.

LE MAIRE.—Napoléon ou Bonaparte, n’est-ce pas la même chose? Pensez-vous que M. le curé voudrait consentir à donner à un enfant chrétien le nom d’un usurpateur qui persécuta l’Église. Croyez-vous qu’il laissera baptiser un de vos fils si vous l’appeliez Benjamin?

PITON.—Et pourquoi pas? Est-ce que l’empereur s’appelait aussi Benjamin?

LE MAIRE.—Non; mais il y a à Paris un enragé de constitutionnel...

DURANTIN.—Ah! oui, M. Benjamin Constant.

PITON.—Savez-vous alors que ça deviendra difficile de nommer des enfants! Je ne ferons pas mal de nous en tenir à nos sept, car il sera impossible bientôt, si on épluche le calendrier, de trouver un prénom pour un huitième...

LEROUX.—Allons, Piton, finissons-en, M. le maire ne veut pas mettre des prénoms là dedans parce que M. le curé le gronderait. Faut aller chez M. le curé.

DURANTIN.—Il est à la ville, et je ne pourrai le voir que demain.

PITON.—Et s’il arrivait un accident c’te nuit? si une de ces petites créatures veniont à mourir?

LE MAIRE.—Laissez donc, ils sont bien constitués. D’ailleurs, si le malheur arrive, nous consulterons le curé et nous remplirons le blanc, comme si l’enfant avait été baptisé.