PITON.—Ce n’est pas régulier, et si j’avions fait une chose semblable sur le livret de mon escouade, j’aurions été cassé à la tête de la compagnie.

LE MAIRE.—On ne casse pas les maires comme les caporaux.

DURANTIN.—C’est peut-être ben pour ça que les communes sont si drôlement administrées.

LE MAIRE.—Silence, Durantin, vous pourriez vous compromettre. Retirez-vous tous, Piton; voyez M. le curé et apportez-moi ses ordres avec l’acte de baptême.

PITON.—Oui, monsieur le maire, et après j’écrirons à Paris.


ESQUISSES DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.
LA TRIBUNE DES JOURNALISTES.

C’est dans la tribune des journalistes que se joue la petite pièce de la Chambre des députés. Là, sont entassés dans un espace étroit, obscur, incommode, plus de vingt rédacteurs dont la plume infatigable transmet aux départements et à la postérité les élucubrations de nos représentants. Je dis vingt rédacteurs, quoiqu’ils soient plus de quarante, qui se relèvent toutes les deux heures et font sentinelle assidue pour empêcher qu’il ne s’échappe la moindre parcelle de ces préparations parlementaires destinées à endormir les électeurs. Jadis, les journalistes, placés dans l’enceinte de la salle, pouvaient du moins entendre les orateurs, saisir au vol l’interruption ou le député votant par assis et levé en faveur du budget; mais depuis qu’un beau jour M. Poiferré de Cère, aujourd’hui libéral, se fut avisé de les faire expulser de la salle, pour les empêcher de critiquer de trop près sa médiocrité ministérielle, ils ont été relégués dans le couloir obscur ou plutôt dans le grenier qu’ils occupent aujourd’hui.

Les journalistes sont rangés sur deux rangs; le second est occupé par les rédacteurs des feuilles des départements, et le premier par les rédacteurs des journaux de Paris, dans l’ordre suivant, de droite à gauche: la Quotidienne, le Messager des Chambres, le Constitutionnel, le Courrier français, le Journal des Débats, la Gazette et le Journal du Commerce; le Journal de Paris, nouveau venu, occupe la première place du second rang. De tous ces rédacteurs, chose curieuse! il n’en est pas un seul, même celui de la Gazette, qui n’appartienne à l’opinion constitutionnelle; de sorte que, si dans les journaux ultras les séances des Chambres sont travesties au gré des absolutistes, c’est aux seuls directeurs de ces feuilles que ces altérations doivent être attribuées. C’est même un spectacle fort curieux et, selon moi, fort édifiant que de voir les rédacteurs de la Gazette ou de la Quotidienne partager l’hilarité si souvent provoquée par les discours de MM. de Laboullaye, Syrieys de Mayrinhac et consorts.

Ainsi, tandis que le tumulte règne dans l’assemblée, que la révolution interpelle Coblentz et que M. de Conny apostrophe M. Benjamin Constant, la plus parfaite union règne au banc des journalistes chargés de transmettre à la France l’histoire fugitive de ces violents débats. Là sont applaudis les hommes de talent, et la médiocrité honnie, de quelque côté qu’elle s’agite. M. Ravez et M. de Labourdonnaye, qui passèrent pour des Cicérons et pour des Démosthènes, ne sont plus que de simples mortels buvant de l’eau sucrée, voyageant de la tribune à leur place et de leur place à la salle des conférences. Combien de fois nous avons entendu d’excellents provinciaux de la Charente ou du Poitou, ravis d’admiration pour les discours de leurs députés, s’écrier, en les entendant pour la première fois: «Quoi! ce n’est que cela? Voyez à quoi tiennent les réputations dans ce monde!» et s’en retourner tout confus.