M. Kératry, député du Finistère, s’est acquis une réputation de courage, de patriotisme et d’intégrité au-dessus de toute atteinte. Sa vie entière, vouée à l’étude de la philosophie et de l’histoire, n’a été qu’une laborieuse introduction aux fonctions qu’il remplit aujourd’hui avec tant de distinction. Cet honorable député écrit et parle avec beaucoup de facilité. Peut-être aurait-on le droit d’exiger plus de correction et de goût dans son style; mais ces défauts ont disparu toutes les fois qu’il a été appelé à défendre la cause de la liberté ou celle de l’humanité. On sait avec quelle énergie et quelle dignité M. Kératry, traduit devant les tribunaux pour un article inséré par lui au Courrier français, sut faire respecter ses droits et dévoiler les turpitudes du dernier ministère. Son procès n’a pas été inutile au succès de la cause nationale, et il est très probable que ses juges, en l’acquittant, ont voulu rendre hommage à sa vertu, non moins qu’obéir au cri de leur conscience.

L’honorable membre est d’une taille extrêmement petite. Sa mise est très-négligée. Il parle assez rarement, ce qui est déjà une preuve de goût, et il s’attache de préférence à traiter les questions de liberté civile et religieuse, qui conviennent davantage à la nature de son talent. M. Kératry a publié plusieurs ouvrages, parmi lesquels ses Inductions morales et philosophiques et le roman intitulé le Dernier des Beaumanoir tiennent un rang distingué et annoncent une grande imagination.

Tout le monde connaît les antécédents littéraires et politiques de M. Etienne, académicien de l’Empire et chassé de l’Académie par ordonnance royale. Il a revu le pays où l’on dort, grâce au droit d’élection ou plutôt de réélection exercé en sa faveur par ses confrères. De proscrit, il est devenu député, et il s’est invité à jouer aux cartes dans le même palais où la stupide vengeance d’un ministre conseillait au roi de lui ravir un titre jusqu’alors inviolable. M. Etienne a passé par toutes les épreuves avec une insouciance philosophique et joyeuse, consolé par ses succès littéraires et trouvant, dans les recettes de Joconde et de quelques autres pièces charmantes, des compensations aux rigueurs ministérielles. C’est un homme de mœurs douces, d’un caractère faible et léger, mais véritablement inoffensif et même obligeant. Sa taille est grande et son embonpoint date d’avant la Restauration.

Les discours de l’honorable député de la Meuse se font remarquer, comme ses autres productions, par l’éclat des antithèses, par un heureux choix d’expressions et par un vernis de politesse qui cache trop souvent la légèreté du fond. Plusieurs de ses sentences sont restées à la tribune comme au théâtre, et nul orateur n’a peut-être mieux défini la dernière loi départementale, si incongrument retirée, que celui qui en a dit: politesse des mots et injure des choses! M. Etienne est très-assidu aux séances de la Chambre, et l’on devine aisément combien sa position doit lui procurer d’occasions d’être utile au journal qu’il dirige. Il siége au troisième banc du côté gauche, près de M. Laffitte et du général Gérard.

L’honorable orateur n’est point un homme instruit dans la véritable acception de ce terme; il ne manque pas de tact et dissimule ce qu’il ignore avec assez d’adresse pour faire illusion sur ce qu’il sait. C’est précisément l’absence de ce tact qui précipite la tribune, comme des papillons à la chandelle, une foule de députés ignorants et présomptueux, et donne naissance à des milliers de discours déplorables qui allongent les sessions sans aucun bien pour la chose publique. On ne saurait croire combien il y a dans l’Assemblée de médiocrités qui pérorent et de gens de mérite qui gardent le silence, utiles seulement dans les comités, où ils donnent d’excellents avis, tandis que les bavards ambitieux ne songent qu’au journal du lendemain et à l’effet que leurs métaphores produiront dans les départements. Il y aurait là un excellent sujet de comédie, et je crois que M. Etienne s’en occupe. La représentation aura lieu aux élections prochaines.


1830

BIGARRURES.

On a trouvé un bon moyen d’empêcher les électeurs de faire sauter le ministère: on met le feu à leurs maisons.

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