O Poissy! à sept lieues de l’Odéon et des Nouveautés, dans la poussière, une méchante prison à porte basse et, dans l’intérieur, des voleurs repris de justice, des escrocs de second ordre, tout le menu fretin de la police correctionnelle! Et, entré là, il faut quitter son dernier habit de poète, son pauvre habit tout usé, mais auquel on tient encore comme à son habit de noces! Allons, encore un effort, tendez les bras à la livrée du crime; un forçat a porté cet habit. N’importe, te voilà en livrée; tu n’as pas même le droit d’être vêtu comme les autres poètes. Voilà M. Fontan à Poissy.

Il est parti ce matin: il couchera ce soir, dans sa prison nouvelle, dans le dortoir comme à ces beaux temps du collége; il s’endormira aux conversations d’argot de ses compagnons, et il ne comprendra pas cette langue étrange et il regrettera plus que jamais sa prison toute composée de poètes et d’écrivains, et, tout à côté, les joyeux dissipateurs de leur patrimoine, insouciants amateurs de bonne chère et de plaisirs, habiles architectes de châteaux en Espagne, même malgré les verrous!

Vraiment, c’est une indignité d’en agir ainsi vis-à-vis un homme, parce qu’il n’est ni voleur, ni escroc, ni faussaire, ni menteur, ni calomniateur; parce qu’il a le désavantage d’être un écrivain, rien de plus. Tu écris, scélérat! Des menottes, des fers, des forçats pour compagnons. Tu écris! le feu et la mort. Tu écris! qu’on te pende, qu’on te marque au feu!... Reposez en paix, vous autres qu’attend le bagne; vous, honnêtes assassins, qui n’écrivez pas.

Honneur donc à l’arrêt de M. Mangin; honneur à ce capricieux hasard qui joue avec un homme et qui le brise avec dédain, quand il a assez joué. Quoi donc? la loi qui vous enferme vous condamne-t-elle à l’exil, au travail des mains, à l’habit infamant, à la cohabitation avec le crime? Prisonnier veut-il dire forçat? Une prison est elle un bagne? Et ici n’est-ce pas dire à M. Fontan: «Tu ne vivras pas!» que de l’enlever à ses amis, à ses protecteurs, au souvenir de la ville, à sa famille, à tout ce qui pouvait adoucir cinq ans de cette infortune qu’on appelle la prison. Cinq années d’esclavage, mon Dieu, pour quelques lignes hasardées! Toute une vie perdue!


BIGARRURES.

M. de Polignac a tenu le poêle à un mariage qui a été célébré à Saint-Germain l’Auxerrois. Quand donc tiendra-t-on le poêle au convoi du ministère?

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Un client, que rasait le perruquier Figeac,
Lui demandait: Quelle nouvelle?
—Quoi donc! ignorez-vous celle du jour?—Laquelle?
—Le ministère Polignac,
Lassé d’une longue querelle,
Dans deux mois va déménager.
—Dans deux mois, non, c’est en septembre.
—Parbleu, j’ai le journal, je pourrais bien gagner.
Regardez..... en juillet il doit changer de Chambre.