Dimanche, 16 mai 1830.
EXTRAIT DES BORDEREAUX D’UN PRÉFET.
| Pour guirlandes de fleurs appendues à la préfecture, lampions, verres de couleur et vers de circonstance | 30 | fr. |
| Honoraires de dix hommes qui sont allés au-devant de Son Excellence, et ont crié: Vive M. de Bourmont! à chaque 1 fr. | 10 | » |
| Pour le dîner, le foin et l’avoine consommés par Monseigneur, sa suite et ses chevaux | 250 | » |
| Pour la rédaction de l’éloquent discours de M. le préfet | 15 | » |
| Honoraires de vingt hommes chargés de coudoyer, rudoyer et injurier les mauvais citoyens qui riaient et proféraient des plaisanteries et quolibets séditieux, à chaque 2 fr. | 40 | » |
| Plus, indemnités pour les coups de canne reçus par les susdits | 40 | » |
| Pour les arrhes données aux individus qui devaient traîner la voiture de Monseigneur, ce qui n’a pas eu lieu | 20 | » |
| Pour gratifications aux agents de police et petits verres à la gendarmerie pour réchauffer et remonter le dévoûment d’iceux | 200 | » |
| Pour messes, neuvaines et chandelles bénies, à l’occasion de l’expédition d’Alger | 50 | » |
| Pour l’achat de dix exemplaires de la Quotidienne, de la Gazette et du Drapeau blanc, pour être mis en évidence dans le salon de M. le préfet | 5 | » |
| Pour bas de soie de M. le préfet, éloge des vertus de M. de Bourmont, et autres menus détails | 20 | » |
| Total: | 680 | fr. |
M. le préfet supplie humblement Mgr le ministre de l’intérieur de lui faire rembourser ces avances; sans quoi, quand il passera par sa préfecture quelque grand personnage, ses moyens ne lui permettraient pas de le recevoir dignement, le dévoûment étant pour le moment hors de prix, et personne ne voulant en donner à crédit.
Mercredi, 19 mai 1830.
SÉANCE DU CONSEIL.
(15 mai.)
M. DE POLIGNAC.—Ah! çà, Messieurs, j’ai envie de dissoudre.
M. D’HAUSSEZ.—Par le mât de misaine, ce devrait être déjà fait.
M. DE POLIGNAC.—Si je dissolvais?
M. SYRIEYS.—Oui, si on dissolvait?
M. DE POLIGNAC.—Mais c’est que nos affaires n’en iront pas mieux pour cela. La France va se lever tout entière contre nous. Je n’ose pas dissoudre.