Il me semble que le bailli de Tournay, dont parle ici l’auteur du Ménagier, doit être messire Tristan du Bos, personnage assez important au XIVe siècle, et premier bailli de Tournay. Il avoit d’abord été bailli de Lille, mais il fut rappelé lors du mariage du duc de Bourgogne, et fait bailli de Vermandois. En 1383, il fut envoyé par le Roi à Tournay avec le comte de Sancerre et autres réformateurs, et nommé alors bailli de cette ville. Il est dit dans une plaidoierie de novembre 1385 que «le bailli de Tournay étoit du conseil du roi et sages homs, et avoit gouverné plusieurs bailliages,» ce qui s’applique bien à messire Tristan du Bos, bailli de Lille, puis de Vermandois, et mentionné plusieurs fois (le 6 novembre 1392, etc.) comme assistant aux séances du Parlement, où viennent les princes et le grand conseil. Je crois que c’est bien lui qui figure en qualité de maître des requêtes dans l’ordonnance de Vernon en date de février 1388-9 sur l’organisation de la maison du roi. Les requêtes de l’hôtel suivant partout le roi, il semble difficile qu’il ait pu cumuler l’emploi de maître des requêtes avec celui de bailli de Tournay, et il y a lieu de croire qu’il fut nommé maître des requêtes en même temps qu’Henry Le Mazier (voy. p. 140) fut nommé bailli de Tournay. Il paroît au reste avoir plus marqué comme magistrat que comme militaire, car les habitans de Tournay, pour prouver qu’ils pouvoient bien se défendre sans bailli royal, disoient en février 1394-5 que messire Tristan ayant voulu arrêter un certain Louis Despiés hors de Tournay, avoit vu massacrer les Tournisiens qui l’accompagnoient, et avoit été obligé de se réfugier dans le clocher de Wertaing. Dix mille habitans de Tournay avoient été, en{v. 1, p.lxxx} armes, le tirer de là pour l’honneur du roi, puis arrêter Louis Despiés, et brûler la ville qui lui avoit donné asile. En 1395, il étoit prévôt de l’église d’Arras (Plaid. civiles, X, 483, 515). Messire Tristan du Bos ayant été longtemps bailli de Tournay et étant souvent venu à Paris, avoit nécessairement eu occasion de se rencontrer avec l’auteur du Ménagier, magistrat comme lui, ainsi que je crois l’avoir prouvé dans l’introduction. Il étoit encore maître des requêtes le 12 novembre 1400 (Matinées III), et plaidoit, en mars 1400-1, pour la terre de Beaucamp, mouvante du seigneur de Heilly, qu’il avoit achetée en 1398.
Page 149, note sur le Sire d’Andresel.
Des lettres de rémission, accordées en avril 1361 à Jean de Melun seigneur de la Borde le Vicomte, lettres qui se trouvent dans le registre LXXXIX du Trésor des Chartes (pièce nº 755) et qui m’ont été signalées par M. Grésy, font connoître la nature de la rémission accordée à Jean d’Andresel, et donnent en même temps de nouveaux détails sur sa position et sa conduite en 1359. Il est dit dans ces lettres que Jean d’Andresel, capitaine général de Brie, avoit soudoyé un certain nombre de gens d’armes, pour résister aux Anglois et Navarrois; mais que la supériorité des forces ennemies, et les grands frais qu’entraînoit la réunion d’un corps aussi considérable l’avoient décidé à le dissoudre, et à renvoyer les gens d’armes dans leurs garnisons. Il avoit ordonné, du consentement des habitans du pays, que les gens d’armes seroient payés de leurs gages au moyen d’un subside levé par feu dans le pays de Brie, l’impôt payé par chaque localité étant spécialement et directement affecté au payement d’un corps désigné d’avance; chaque garnison devoit se tenir prête à marcher au premier ordre. On conçoit qu’un pareil arrangement ait donné lieu à plusieurs désordres, à plusieurs violences de la part des gens d’armes quand l’imposition ne leur étoit pas régulièrement payée; c’est ce qui étoit arrivé à Jean de Melun pour les troupes sous ses ordres, et il me paroît évident que la lettre de rémission accordée à Jean d’Andresel devoit avoir (comme je l’avois pressenti) un semblable motif.
On trouve dans Rymer (éd. de 1830 T. III), plusieurs pièces intéressantes sur le séjour de Jean d’Andresel en Angleterre. Il promit d’abord, avec les autres otages, le 20 février 1361-2, sur son{v. 1, p.lxxxi} honneur et état de chevalerie, d’être loyal otage au roi d’Angleterre, de taire ses secrets, de demeurer dans une ville ou cité quelconque, et de n’en sortir qu’avec la permission du roi, sauf qu’il lui étoit permis d’en sortir le matin pour s’ébattre, et d’y rentrer au soleil couchant.
Le 13 mai 1363, Jean d’Andresel, étant aux Jacobins de Londres, reçut licence et congé d’aller en France pour aucunes grosses besognes touchant la paix. Il promit à cette occasion de ne pas s’armer contre l’Angleterre pendant le séjour qu’il alloit faire en France, et de remettre son corps en otage en la cité de Londres au plus tard le jour de la Toussaint. Ce fut au reste malgré le roi Jean qu’il obtint cette mission. Ce prince avoit écrit le 26 janvier au roi d’Angleterre, de Villeneuve-lès-Avignon où il étoit alors, qu’il avoit vu le traité fait entre l’Angleterre d’une part, et le duc d’Orléans, ses enfans et son conseil de l’autre, et qu’il le confirmoit, sauf qu’il désiroit voir délivrer Pierre d’Alençon, le comte Dauphin d’Auvergne et le sire de Coucy, au lieu du comte de Grantpré, du sire de Clere et du sire d’Andresel. Le roi d’Angleterre ayant refusé cet échange, le roi lui écrivoit encore, le 13 mars[104], qu’il confirmoit le traité malgré son refus, mais qu’il n’auroit pas cru que de si petit de chose il lui dût faillir.
Froissart a dit que plusieurs des otages du roi Jean n’exécutèrent pas loyalement leurs promesses. Je ne sais si ce reproche est fondé pour quelques-uns, mais il ne sauroit, en tout cas, s’appliquer au sire d’Andresel. C’est ce que prouve la pièce suivante en date du 16 juin 1365, qui prononce la mise en liberté définitive de Jean d’Andresel dans des termes bien honorables pour sa loyauté:
«Le Roy, au noble homme Johan sire d’Andresel, salutz. Par contemplation de nostre très-cher et très-amé frère le duc d’Orliens, veuilliantz faire à vous faveur, desport, et grace espécial, de nostre certeine science nous confessons que vous avez bien et{v. 1, p.lxxxii} loialment tenuz par devers nous hostage depuis le temps que vous nous estoiez baillée parmy la paix.
«Et des ore nous vous délivrons pleinement dudit hostage, et vous quitons et absolvons par ces présentes lettres de toutes promesse, foits, seremens, obligations et convenances que fait nous avez à cause dudit hostage.
«Et volons et consentons et nous pleist que vous soietz des ore en avant francs de vostre persone comme quites et délivres à plein dudit ostage.
«Promettans par nostre foy et serement les choses dessusdites et chascune d’icelles tenir et garder, et noun venir encontre: toutes autres obligations, promesses, convenances... faites à nous et à nos heirs par ladite paix et quantque est compris ès lettres sur ceo faites demourants toutdis en leur effect, force et vertu; asqueles, quant as choses qui ne touchent vostre présente délivrance, nous ne volons que aucun préjudice se puisse faire en temps à venir à cause de cestes nos letres.