[1586] On appelle formé, par opposition à tiercelet (plus petit d’un tiers), la femelle des oiseaux de proie.
[1587] Leurre, instrument en osier en forme de fer à cheval allongé qu’on recouvroit des ailes de l’oiseau ou de la peau du quadrupède (lièvre ou lapin), qu’on vouloit accoutumer l’oiseau de proie à voler. (Voy. les planches de l’Encyclopédie, pl. 12, fig. 4). On plaçoit la viande destinée à la nourriture de l’oiseau sur le leurre, et il s’y paissoit. Il en résultoit qu’il connoissoit le leurre et qu’il revenoit à son maître dès que celui-ci l’appeloit en tournant cet instrument: c’est ce qu’on appeloit leurrer. Les oiseaux, ainsi dressés (le faucon, le gerfaut, le lanier, le sacre, le hobereau et l’émerillon étoient seuls susceptibles d’être dressés au leurre), suivoient les chiens pendant la quete en volant et fondoient sur leur proie aussitôt qu’elle se levoit, à la différence des oiseaux de poing (autour et épervier), qui restoient sur le poing de leur maître jusqu’à ce que les chiens eussent fait lever le gibier. Les oiseaux de leurre ou de haute volerie étoient en outre seuls propres à certains vols, tels que ceux du héron, du milan, etc. Huber, dans son excellent ouvrage (malheureusement trop abrégé et sorte de prospectus d’un autre plus étendu qu’il comptoit composer) sur le vol des oiseaux de proie, a décrit d’une manière bien remarquable les différens moyens employés par ces deux espèces d’oiseaux en conséquence de la forme de leurs ailes, et partant de ce principe fondamental que les anciens fauconniers n’ont pas connu, il appelle les premiers rameurs et les seconds voiliers. L’instruction de ces deux espèces d’oiseaux devoit donc différer, et en effet celle des premiers constituoit l’art de la fauconnerie et celle des autres l’autourserie; les langues de ces deux arts, comme leurs principes eux-mêmes, présentoient de notables différences qu’on peut voir dans d’Arcussia, p. 176, et dans le Veritable Fauconnier de Morais, p. 9 et 115. Une des principales étoit que les oiseaux de leurre étoient chaperonnés, tandis que ceux de poing ne l’étoient pas. Ces derniers mangeoient sur le poing de leurs maîtres, les premiers sur le leurre, etc.
[1588] Hobereau.
[1589] Plante bien connue, ruta.
[1590] Tirailler, déchirer avec son bec. On donnoit ainsi à tirer aux oiseaux des morceaux secs et nerveux, tels que pattes de lièvre ou de lapin et de volailles qu’on appeloit alors tiroirs.
[1591] Étoffe ou fourrure. On se servoit ordinairement de peau de lièvre pour cet usage.
[1592] Changer souvent l’étoffe ou feutre que l’oiseau a sous la patte et la remplacer par une autre échauffée dans son sein.
[1593] La poitrine, le poitrail. Les oiseaux gras ont, en effet, la poitrine bombée et séparée au milieu par une petite fente.
[1594] Nom d’un oiseau de proie ignoble (c’est-à-dire non susceptible d’être dressé); mais je n’ai pas vu qu’on se soit servi de cet oiseau comme du duc ou de la chouette pour attirer les oiseaux dans les filets; peut-être est-ce aussi le nom d’un filet ou autre engin, mais je ne le trouve nulle part avec cette signification.
[1595] Il y a eu quelques exemples d’aigles dressés pour la chasse, mais on n’a jamais fait un emploi suivi de ces oiseaux. Gaces de La Bugne parle d’une espèce d’aigle qu’il appelle milion (qui paroît être l’aigle fauve à marque blanche sur la tête), qui prenoit la grue et l’oie sauvage (f. X vj). Il dit que cet oiseau étoit rare en France, et le regardant comme une curiosité plutôt que comme un oiseau utile, il s’écrie que ne desplaise au milion. Il n’est vol ne mès de faulcon (L. V). L’illustre connétable Olivier de Clisson avoit un milion dressé qu’il légua au vicomte de Rohan, son gendre. (Voyez le mot Milio dans Du Cange où ce mot est mal traduit par milan. Le milan n’a jamais pu être dressé et n’a jamais été redoutable aux faucons comme le dit l’empereur Frédéric II, l. II, ch. LXIX du Milion, associé par lui à l’aigle et au vautour.) Tardif qui compila un Traité de fauconnerie à la fin du XVe siècle, s’est assez étendu sur le vol de l’aigle, mais on ne sauroit conclure de son ouvrage purement théorique et traduit en partie d’auteurs orientaux que l’aigle fût communément employé de son temps en France par les fauconniers. Guillaume Bouchet, qui écrivoit en 1567, dit que le poids de l’aigle étoit cause que les fauconniers des princes en dressoient rarement, et d’Arcussia (Convy, p. 28 et XVe lettre de Philoïerax) raconte des essais faits de son temps pour dresser des aigles. L’aigle n’a donc jamais été employé habituellement dans la fauconnerie. Quant au griffon, ce mot désigne sans doute le gerfaut, ainsi nommé dans Marc-Paule et le plus gros des oiseaux de leurre; je serois au reste tenté de croire que l’auteur parle ici d’après des récits exagérés ou fabuleux de chasses faites en pays étrangers.