Je suis certain que si ferez-vous, je n’en suis mie en doubte, mais pour ce que je sçay que après vous et moy ce livre cherra ès mains de nos enfans ou autres nos amis, je y mects voulentiers tout ce que je sçay, et dy que aussi devez-vous endoctriner vos amies et par espécial vos filles, et leur dictes, belle seur, pour tout certain que tous biens sont reculés en fille ou femme en laquelle virginité, continence et chasteté défaillent; ne richesse, ne beauté, ne sens, ne hault lignaige, ne nul autre bien ne peut jamais effacer la renommée du vice contraire, se en femme espécialment il est une seule fois commis, voire seulement souspeçonné, et pour ce maintes preudes femmes se sont gardées non mie{v. 1, p.63} seulement du fait, mais du souspeçon, espécialment pour acquérir le nom de virginité: pour lequel nom les saintes escriptures de monseigneur saint Augustin et de monseigneur saint Grégoire et moult d’autres dient et tesmoingnent que les preudes femmes qui ont esté sont et seront, de quelque estat qu’elles soient ou aient esté, pevent estre dictes et appellées vierges. Et monseigneur saint Pol le conferme en l’onziesme chappitre de ses épistres qu’il fait secondement à ceulx de Corinte où il dit ainsi: Despondi enim vos, etc. Je vueil, dit-il, que vous sachiez que une femme qui est espousée à un homme, puis qu’elle vive chastement sans penser à avoir affaire à autre homme, peut estre dicte vierge et présentée à Notre Seigneur Jhésu-Crist. De chascune bonne preude femme Jhésu-Crist ou treiziesme chappitre de l’euvangille de saint Mathieu en une parabole dit ainsi: Simile est regnum cœlorum thesauro abscondito in agro, etc. Le règne du ciel, dit-il, est semblable au trésor qui est repos dedans un champ de terre, lequel trésor quant aucun homme qui laboure en fouyant le descuevre, il le remuce; de la grant joye qu’il en a, il s’en va et vent tout quanque il a et achète le champ. En ce chappitre mesmes dit Nostre Seigneur ceste parabole: Le royaulme des cieulx est semblable à l’omme marchant qui quiert bonnes pierres précieuses, et quant il en a trouvé une bonne et précieuse, il va et vent tout quanque il a et l’achète. Par le trésor trouvé ou champ de terre et par la pierre précieuse nous povons entendre chascune bonne preude femme; car en quelque estat qu’elle soit, pucelle, mariée ou vefve, elle peut estre comparée au trésor et à la pierre précieuse; car elle est si bonne, si pure, si necte qu’elle plaist{v. 1, p.64} à Dieu et l’aime comme sainte vierge en quelque estat qu’elle soit, mariée, vefve ou pucelle. Et pour certain, homme en quelque estat qu’il soit, noble ou non noble, ne peut avoir meilleur trésor que de preude femme et saige. Et ce puet-on bien savoir et prouver qui veult regarder aux fais et aux bonnes meurs et aux bonnes oeuvres des glorieuses dames qui furent du temps de la vieille loy, si comme Sarre, Rébecque, Lye et Rachel qui furent moulliers aux sains patriarches Abraham, Ysaac et Jacob qui est appelé Ysraël, qui toutes furent chastes et vesquirent chastement et virginalement.
Item, à ce propos nous trouvons escript ou treiziesme chappitre ou livre fait de Daniel que après la transmigracion de Babilonne, c’est à dire après ce que Jéchonias[158] le roi de Jhérusalem et le peuple de Ysraël furent menés en prison et chétiveté[159] en Babilonne, et que la cité de Jhérusalem fut destruite par le roy Nabugodonosor, il ot en Babilonne un Juif preudomme et riche lequel fut nommé Joachin, et Joachin prist une femme fille d’un autre Juif lequel ot nom Belchias[160], et la pucelle Susanne, laquelle estoit très belle et crémant Dieu; car son père et sa mère qui estoient justes et bonnes gens l’avoient moult bien aprise et endoctrinée en chasteté selon la loy Moyse. Ce Joachin, mary de Susanne, estoit moult riche et avoit un moult bel jardin plain d’arbres portant fruis. Là venoient communément esbatre les Juifs pour ce que le lieu estoit plus honnourable de tous les autres; Susanne mesmes aloit souvent esbatre en ce jardin. Or advint que deux anciens prestres d’icelle loy furent du peuple establis juges pour un an, lesquels juges virent Susanne très{v. 1, p.65} belle et tant qu’ils furent espris et alumés de fole amour. Si parlèrent ensemble et regardèrent comment ils la pourroient décevoir, et se accordèrent qu’ils la guetteroient ou jardin dessusdit et parleroient à elle se ils la trouvoient seule.
Un jour advint que après l’eure de midy ils se mussèrent en un anglet de ce jardin: Susanne vint ou dit jardin pour soy laver, selon ce que leur loy l’ordonnoit, et mena avecques soy deux de ses pucelles lesquelles elle renvoya en sa maison pour lui rapporter oeille[161] et oingnemens pour soy enoindre. Et quant les deux vieillars la virent seule, ils coururent à elle et lui dirent: Coyement[162] seufre ce que nous voulons faire de toy, et se tu ne le fais, nous porterons tesmoingnage encontre toy et dirons que nous t’avons trouvée en advoultaire. Et quant Susanne vit et sceut la mauvaistié des juges, elle proposa en soy mesmes et dist en ceste manière: Angustie michi sunt undique, etc., Dieux! dit-elle, angoisses sont à moy de toutes pars, car se je fais ceste chose, morte suis comme à Dieu, et se je ne le fay, je ne pourray eschapper de leurs mains que je ne soie tormentée et lapidée; mais mieulx me vault sans meffaire cheoir en leur dangier que faire péchié devant Dieu. Lors elle cria à haulte voix: les deux vieillars crièrent aussi, tellement que les serviteurs de la maison y acoururent, et les juges dirent qu’ils l’avoient trouvée en présent meffait avec un jouvencel lequel estoit fort et viguereux; si leur eschappa et ne sceurent ne ne peurent congnoistre qui il estoit. De ce furent les sergens[163] merveilleusement vergongneux et esbahis, car oncques{v. 1, p.66} mais ils n’avoient oy dite telle parole de leur dame, ne veu mal en elle; toutesfois elle fut emprisonnée.
Et l’endemain que les juges furent assis en jugement, tout le peuple devant eulx assemblé pour veoir la merveille, Susanne fut amenée en jugement; ses parens et amis la regardoient, moult tendrement plourans. Susanne avoit son chief couvert, de honte et de vergongne qu’elle avoit. Les juges lui firent descouvrir son viaire[164] par grant honte et despit. Adonc elle plourant leva ses yeulx au ciel, car elle avoit fiance en nostre Seigneur et ou bien de son ignorance. Adonc les deux prestres racontèrent devant le peuple comment eulx alans esbatans dedans le jardin avoient veu Susanne entrer en icellui, avec elle deux de ses pucelles lesquelles elle renvoya et serra l’uis après elles; et disoient que lors estoit venu un jeune homme lequel ils avoient veu charnellement habiter à elle, et pour ce ils estoient là courus, et le jeune homme s’en estoit fouy par l’uis, et n’avoient peu arrester ne prendre fors icelle Susanne qui n’avoit icellui jeune homme voulu nommer; et de ce meffait nous deux sommes tesmoings, et pour ce meffait nous la jugeons à mort. Susanne adonc s’escria et dist en ceste manière: Dieu pardurable, tu es congnoissant des choses répostes[165] et scez toutes choses ains qu’elles soient faictes, et scez bien que contre moy ils portent faulx tesmoingnaige; souviengne-t’en et aies mercy de moy!
Après ce on la mena à son torment, et en passant par une rue, nostre Seigneur évertua l’esperit d’un jeune et petit enfant appelé Daniel lequel commença à crier à haulte voix: O peuple d’Israel, ceste femme est jugée{v. 1, p.67} faulcement, retournez au jugement, retournez, car les jugemens sont faulx! Adonc le peuple s’escria et firent retourner Susanne au lieu où le jugement avoit esté donné et amenèrent les jugeurs et l’enfant appelé Daniel lequel dist tels mots: Séparez moy ces jugeurs et les menez l’un çà, l’autre là. Quant ce fut fait, il vint à l’un et lui demanda soubs quel arbre ce avoit esté fait et qu’il avoit vu l’omme et Susanne faisans leur péchié; et icellui jugeur respondi: soubs un chesne[166]. Après, icellui Daniel vint à l’autre jugeur et lui demanda soubs quel arbre il avoit veu Susanne soubs le jeune homme; et il respondi: soubs un arbre appelé Lentiscus[167]. Lentiscus est un arbre qui rent huille et la racine est une espice appellée macis. Ainsi fut attainte leur mençonge, et fut Susanne délivrée, comme pure et necte, sans tache de mauvais atouchemens. Et est bien prouvé qu’elle estoit bien remplie de la vertu de chasteté quant elle dist ceste parole aux faulx jugeurs: J’aime mieulx cheoir en vos mains comme ès mains de mes ennemis, et mourir sans faire péchié que faire péchié devant Dieu nostre Seigneur. O femme pleine de foy et de grant loyaulté qui crémoit tant Dieu et le péchié de mariage enfraindre qu’elle voulloit mieulx mourir que son corps vilainement atoucher! Et certes il est tout certain que les Juifs et les Juifves qui sont à présent en ce royaume ont si abbominable ce péchié, et est telle leur loy, que se une femme estoit trouvée en adultère,{v. 1, p.68} elle seroit lapidée et tourmentée de pierres jusques à la mort selon leur loy. Mesmes les mauvais tiennent cette loy, et nous la devons bien tenir, car c’est bonne loy[168].
Autre exemple y a, si comme met Cerxès[169] le philosophe en son livre nommé des Eschez, ou chappitre de la Royne, et dit que la Royne doit sur toutes choses sa chasteté garder et endoctriner à ses filles, car, dist-il, nous lisons de moult de filles qui pour leur virginité ou pucellaige garder ont esté roynes. Pol istoriographe des Lombars raconte que en Ytalie avoit une duchesse qui avoit nom Raymonde, et avoit un fils et deux filles. Advint que le roy de Hongrie appelé Cantamus eut débat à icelle Raymonde et vint devant une sienne ville et y mist le siége. Elle et ses enfans estoient dedens le chastel, et si regarda une fois ses ennemis qui faisoient une escarmouche contre les gens de sa ville qui fort se deffendoient, et entre les ennemis vit un chevalier{v. 1, p.69} qui estoit forment bel. Elle fu tant embrasée de s’amour qu’elle lui manda que secrètement et parmy son chastel elle luy rendroit sa ville, se il la vouloit prendre à femme. Et le chevalier dist oyl[170], et après ce, elle luy ouvri les portes du chastel, et il et ses gens y entrèrent. Quant ils furent au chastel, ses gens entrèrent par là en la ville et prindrent hommes et femmes et tout ce qu’ils peurent; et les fils d’elle orent si grant honte et douleur de sa traïson qu’ils la laissèrent et s’en alèrent, et depuis furent si bons que l’un d’iceulx enfans qui avoit nom Grimault, c’est assavoir le plus petit, fut duc des Bienventens[171] et depuis roy de Lombardie. Et les filles qui ne sceurent fouir doubtèrent estre violées des Hongres; si tuèrent pigons et les mussèrent dessoubs leurs mamelles, si que par l’eschauffement de leurs mamelles la char des pigons puoit, et quant les Hongres les vouldrent approuchier, si sentirent la puantise, et s’en refroidirent et desmeurent[172] et les laissèrent tantost, et disoient l’un à l’autre: Fy que ces Lombardes puent! Et à la fin icelles filles s’enfouirent par mer pour garder leur virginité, et toutesvoies, pour ce bien et leurs autres vertus, l’une fut depuis royne de France et l’autre fut royne d’Alemaigne. Icellui chevalier print icelle duchesse et jeut avec elle une nuit pour son serement saulver et l’endemain la fist à tous les Hongres commune. Le jour après lui fist ficher un pel dès parmy la nature au long du corps jusques à la gorge, disant: Tel mary doit avoir telle lécheresse qui par sa luxure a trahy sa cité et ses gens baillés et mis ès mains de leurs ennemis. Et aussi ces paroles fist-il escripre en{v. 1, p.70} plusieurs lieux parmy sa robe, et toute morte la fist attacher et lier aux barrières de dehors et devant la porte de sa cité afin que chascun la veist, et la laissa[173].
Encores met-il[174] là un autre exemple de garder son mariage et sa chasteté, et dit que saint Augustin ou livre de la Cité de Dieu dit (et aussi l’ay-je veu en Titus Livius) que à Romme estoit une dame moult bonne et de grant et vertueux couraige appellée Lucresse qui estoit femme d’un Rommain appellé Collatin qui convoya et semmoni[175] une fois à disner avec lui l’empereur Tarquin l’orguilleux et Sexte son fils; lesquels y disnèrent et furent festiés et après disner se esbatirent, et Sexte advisa la contenance de toutes les dames qui là estoient; et entre toutes et pardessus toutes les autres, la manière Lucresse lui pleut et sa beauté. Par aucune espace de temps après, les gens d’un chastel qui estoit à quatre lieues d’illec, emprès Romme, firent rébellion contre l’empereur qui ala mettre le siége devant,{v. 1, p.71} et avec lui fut et ala Sexte son fils avec lequel estoient et de sa compaignie furent plusieurs des jeunes hommes de Romme, entre lesquels estoit Collatin le mary Lucresse. Long temps furent illec les Rommains à siège, et un jour qu’il faisoit bel et seryn, estoient assemblés après disner à boire ensemble Sexte le fils l’empereur et plusieurs d’iceulx jeunes hommes romains entre lesquels estoit Collatin, et prindrent complot ensemble de soupper tantost, et après alèrent hastivement à Romme en l’hostel de chascun d’iceulx jeunes hommes veoir la manière et contenance de chascune de leurs femmes et leur gouvernement, par tel[176] que cellui duquel sa femme seroit trouvée en meilleur convine[177] auroit l’honneur de logier Sexte le fils l’empereur en son hostel. Ainsi fu accordé, et vindrent à Romme et trouvèrent les unes devisans[178], les autres jouans au bric, les autres à qui féry? les autres à pince-merille, les autres jouans{v. 1, p.72} aux cartes et aux autres jeux d’esbatemens avecques leurs voisines; les autres qui avoient souppé ensemble, disoient des chançons, des fables, des contes, des jeux-partis; les autres estoient en la rue avecques leurs voisines jouans au tiers et au bric, et ainsi semblablement de plusieurs jeux, excepté Lucresse qui dedens et ou plus parfont de son hostel, en une grant chambre loing de la rue, avoit ouvriers de laine, et là, toute seule, assise loingnet[179] de ses ouvriers et à part, tenoit son livre dévotement et à basse chière[180] disoit ses heures moult humblement; et fut trouvé que lors, ne autresfois que son mary Collatin estoit hors, et en quelque compaignie ou feste qu’elle feust, il n’estoit nul ne nulle qui la feist dancer ne chanter, se ce n’estoit seulement le jour qu’elle avoit lettres de luy ou qu’il retournast la veoir; et lors chantoit et dançoit avec les autres, se feste y avoit. Et pour ce Collatin eust l’honneur de la venue et loga en son hostel Sexte le fils l’empereur lequel fut servi de tous les autres et de leurs femmes et apparentés, et l’endemain bien matin fut des dames esveillié, vestu, et oy messe, et le veirent monter et mettre à chemin. Et à ce voyage fut Sexte moult fort espris de l’amour de Lucresse et tellement qu’il pensa qu’il revenroit devers elle acompaignié d’autres gens que des amis d’elle ou de son mary. Ainsi fut fait et vint au soir en l’hostel Lucresse laquelle le receut moult honnourablement, et quant le temps vint d’aler couchier, l’en ordonna le lit à Sexte comme à fils d’empereur, et ce mauvais fils d’empereur espia où Lucresse gisoit, et après ce que tous léans furent couchiés et endormis,{v. 1, p.73} Sexte vint à elle, l’une main mise à la poitrine et l’autre à l’espée, et lui dist: Lucresse, tais toy! Je suis Sexte le fils à l’empereur Tarquin, se tu dis mot tu es morte! Et de paour elle s’escria, dont la commença Sexte à prier. Rien n’y vault. Et après ce, à luy offrir et promettre dons et services. Riens n’y vault. Et puis, à menacier qu’elle se voulsist à luy accorder ou qu’il destruiroit elle et sa lignée. Rien n’y vault. Quant il vit que tout ce rien n’y valoit, si lui dist ainsi: Lucresse, se tu ne fais ma voulenté, je te tueray et si tueray aussi un de tes varlès, et puis diray que je vous aray tous deux trouvés couchiés ensemble et pour vostre ribauldie vous ay tués. Et celle qui doubta plus la honte du monde que la mort, si se consenti se jouer.
Et tantost après que Sexte s’en fu alé, la dame manda par lettres son mari qui estoit en l’ost, et aussi manda son père, ses frères et tous ses amis et un homme qui avoit nom Brut et nepveu Collatin son mary. Et quant ils furent venus, elle leur dist moult espouventablement: Sexte le fils à l’empereur entra hier comme hoste en cest hostel, mais il ne s’en est pas départi comme hoste, mais comme ennemy de toy, Collatin! et saiches qu’il a ton lit deshonnouré. Toutesvoies se mon corps est deshonnouré, se n’est pas le cuer, et pour tant me absols-je du péchié, mais non pas de la peine. Adonc Collatin son mary vit qu’elle estoit toute pâle et descoulorée et sa face blanche et toute esplourée, car la trasse des larmes estoit apparant en son viaire des yeulx jusques aux baulièvres, et avoit les yeulx gros et enflés, les paupières mortes et perses[181] et dedans vermaulx{v. 1, p.74} par le décourement des larmes, et regardoit et parloit effroyeusement. Si commença à la conforter moult doulcement et à luy pardonner, et lui monstra moult de belles raisons, que le corps n’avoit pas péchié puisque le cuer n’y avoit donné consentement ne pris délit, et se prist à alléguer exemples et auctorités. Tout ce ne luy pleut; elle luy rompi sa parole en disant moult asprement: Ho! ho, nennil, nennil! c’est trop tart, tout ce ne vault riens, car je ne suis jamais digne de vivre; et celluy qui m’a ce fait, l’a fait à sa grant male meschéance se vous valez riens, et pour ce que nulle ribauldie ne règne à l’exemple de Lucresse, qui vouldra prendre exemple au péchié et au forfait, si prengne aussi exemple à l’amende. Et tantost d’une espée qu’elle tenoit soubs sa robe se féri parmy le corps et morut devant eulx tous.
Adonc Brut le conseiller et Collatin le mary d’icelle Lucresse et tous ses amis plourans et dolens prindrent celle espée qui estoit sanglante, et sur le sang jurèrent par le sang Lucresse que jamais ne fineroient jusques à tant qu’ils auroient Tarquin et son fils destruit, et le poursuivroient à feu et à sang, et toute sa lignée bouteroient hors, si que jamais nul n’en vendra à dignité. Et tout ce fut tantost fait, car ils la portèrent emmy la ville de Romme et esmeurent tellement le peuple que chascun jura la destruction de l’empereur Tarquin et de son fils, et à feu et à sang. Et adonc fermèrent les portes afin que nul n’issist pour aler adviser l’empereur de leur emprise, et s’armèrent et yssirent dehors alant vers l’ost de l’empereur comme tous forcenés. Et quant ils approchèrent de l’empereur, et il ouy le bruit et tumulte et vit les gens{v. 1, p.75} pouldrés[182], et fumées des chevaulx, avec ce que l’en luy dit, il et son fils s’enfouirent en désers, chétifs et desconfortés. Sur quoy le Rommant de la Rose dit ainsi:
N’onc puis Rommains, pour ce desroy,
Ne vouldrent faire à Romme roy.