Le lendemain, le prêtre était fidèle au rendez-vous. Et Irma récitait son second chapelet avec la même ferveur.
Arthur et l'abbé se promenèrent dans le labyrinthe, sous les berceaux de noisetiers et les larges avenues de platanes, et parlèrent longuement de la littérature contemporaine et des nouvelles politiques. Le prêtre, en se séparant du vieillard, pour aller s'enfermer dans le confessionnal, fut encore invité pour le lendemain.
Le troisième jour, au moment où la pieuse jeune fille commençait son troisième chapelet, le missionnaire se dirigea vers le kiosque. Il y fut accueilli par Arthur, avec une amabilité charmante et des marques de déférence tout à fait exceptionnelles. On entra dans le pavillon, ensuite dans le cabinet de travail. Ce qui frappa les regards du missionnaire, ce fut un prie-Dieu surmonté d'un magnifique crucifix d'ivoire, près duquel était un tabouret. Le vieillard sourit.
—Vous comprenez, monsieur l'abbé!
—Oui, mon ami, répond le prêtre, heureux de voir que Marie avait favorablement accueilli les prières d'une âme pure et innocente.
—Monsieur l'abbé, dit Arthur d'une voix vibrante, j'ai longtemps combattu; mais, après une lutte longue et terrible, je m'avoue vaincu. La grâce triomphe; vous avez devant vous un vieux pécheur qui renonce à ses égarements, un impie qui reconnaît et abjure les erreurs d'une philosophie menteuse. Oui, la divinité de la religion catholique m'apparaît dans toute sa splendeur. Comme Augustin, j'ai cherché le bonheur dans les vaines jouissances de la terre, et, comme lui, je n'ai trouvé le repos que lorsque je les ai eu foulées aux pieds, et que les aspirations de mon coeur se sont dirigées vers le ciel. Tout n'est que vanité et affliction d'esprit, dit avec raison l'auteur du livre de la Sagesse. Mon père, je me jette entre vos bras: aidez un pauvre naufragé à regagner le port; ramenez dans le bercail sacré de l'Église catholique une brebis errante et vagabonde; purifiez-moi de mes souillures.
Le prêtre et le vieillard restèrent longtemps embrassés; des larmes abondantes coulèrent de leurs yeux...
Quelques jours après, quand fut clôturée la retraite, on voyait agenouillé à la Table-Sainte, à côté de sa fille rayonnante de bonheur, le vénérable vieillard, dont le maintien noble, pieux et modeste réjouissait une population éminemment chrétienne qu'avaient autrefois attristée ses écarts.
Enfants, si vos parents oublient le chemin de l'église, s'ils se laissent entraîner par les séductions de l'erreur, il dépend de vous de les arracher à la fureur du dragon infernal, de sauver ces âmes pour lesquelles Jésus-Christ est mort sur la croix. La Providence a placé entre vos mains une arme puissante: c'est la prière. Adressez-vous à Marie, qu'on n'invoque jamais en vain, Marie, la Mère de miséricorde et le refuge des pécheurs. Elle touchera le coeur de vos parents bien-aimés et les amènera repentants aux pieds de son divin Fils.