—Papa!... continua-t-il.

—Quoi, mon cher enfant?

—Papa, j'ai quelque chose à vous demander!

Je voyais bien qu'il voulait me demander quelque chose, et ce qu'il voulait me demander, je le savais bien! Et, faut-il l'avouer? j'en avais peur; j'eus la lâcheté de vouloir profiter de ses hésitations.

—Va! lui dis-je, j'ai des affaires en ce moment. Ce soir ou demain, tu me diras ce que tu désires, et, si ta mère le trouve bon, je te le donnerai.

Le pauvre petit, tout confus, manqua de courage, et, après m'avoir embrassé encore, se retira tout déconcerté, dans une petite pièce où il couchait, entre mon cabinet et la chambre de sa mère. Je m'en voulus du chagrin que je venais de lui donner, et surtout du mouvement auquel j'avais obéi. Je suivis ce cher enfant sur la pointe des pieds, afin de le consoler par quelque caresse, si je le voyais trop affligé. La porte était entr'ouverte. Je regardai sans faire de bruit. Il était à genoux devant une image de la sainte Vierge; il priait de tout son coeur. Ah! je vous assure que j'ai su ce soir-là quel effet peut produire sur nous l'apparition d'un ange!

J'allai m'asseoir à mon bureau, la tête dans mes mains, prêt à pleurer. Je restai ainsi quelques instants. Quand je relevai les yeux, mon petit garçon était devant moi avec une figure tout animée de crainte, de résolution et d'amour.

—Papa, me dit-il, ce que j'ai à vous demander, ne peut pas se remettre, et ma mère le trouvera bon: c'est que, le jour de ma première communion, vous veniez à la sainte Table avec elle et moi. Ne me refusez point, papa. Faites cela pour le bon Dieu qui vous aime tant.

Ah! je n'essayai pas de disputer davantage contre ce grand Dieu qui daignait ainsi me contraindre. Je serrai en pleurant mon enfant sur mon coeur.—Oui, oui, lui dis-je, oui, mon enfant, je le ferai. Quand tu voudras, aujourd'hui même, tu me prendras par la main; tu me mèneras à ton confesseur, et tu lui diras: «Voici mon père.»

L'abbé LOTH.