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15.—HÉROÏSME D'EN JEUNE NÉOPHYTE.

Dans un émouvant récit, le P. Hermann a raconté le baptême et la conversion d'un de ses neveux, né comme lui dans. la religion juive. Rien de plus édifiant que cette histoire, dont les détails semblent nous reporter aux premiers temps du christianisme.

Il y a quelques années, dit-il, un enfant, alors âgé de sept ans, vint avec son père et sa mère, tous les deux juifs comme lui, me visiter au monastère des Carmes, près de la ville d'Agen. C'était à l'époque des belles processions de la Fête-Dieu. On avait inspiré à cet enfant une profonde horreur pour notre divin Crucifié: cependant la grâce, se répandant avec profusion du fond de l'ostensoir où Jésus daigne se cacher pour notre bonheur, se rendit victorieuse de cette âme si naïve, si inaccoutumée à nos mystères; elle attira ce jeune coeur à son amour avee une si forte véhémence et une si forte douceur que l'enfant crut à la présence réelle de Jésus-Christ dans le sacrement de son amour avant de connaître aucune autre des vérités de notre divine religion. Aussi, à force de prières et de supplications, obtint-il l'insigne faveur de pouvoir revêtir les ornements d'un de ces enfants de choeur qui, pendant les processions du Très Saint-Sacrement, répandent des fleurs sous les pas de Jésus-Hostie.

Ravi de joies et de consolations célestes, après avoir rempli cette angélique fonction, il courut à son père: «Ô mon père! dit-il, quel bonheur! Je viens de jeter des fleurs au bon Dieu.» Dans la bouche de ce petit enfant juif, c'était toute une profession de foi nouvelle... Le père, redoutant qu'on ne fît changer de religion à ce fils unique sur lequel reposait toute son affection, le surveilla dorénavant et voulut repartir avec lui pour Paris, lieu de sa résidence. Mais, avant le départ, un trait, parti du coeur de la divine Eucharistie, avait frappé, pénétré, presque renversé la jeune mère, l'avait rendue chrétienne et, dans le plus profond mystère d'une nuit silencieuse, celle-ci avait reçu le baptême et l'Eucharistie des mains sacerdotales de son propre frère[7]. Le jour suivant, l'Évêque lui donnait le sacrement de confirmation. Rien n'avait transpiré de ce pieux secret et la famille se remit en route pour Paris, sans se douter qu'il y eût une chrétienne dans son sein.

Note 7:[ (retour) ]Le R. P. Hermann, qui raconte ce fait.

Le jeune Georges—c'est le nom de l'enfant—ne put oublier les saintes impressions que son âme avait puisées dans ces fêtes chrétiennes; il en parla souvent à sa mère, il la questionna, et celle-ci, heureuse de voir germer dans cette chère âme la semence de lumière que la grâce y avait jetée, ne se fit pas prier pour développer dans son esprit, avide de s'éclairer, la connaissance de ce Dieu d'amour, de ce doux Jésus qui a voulu naître d'une fille de Jacob et se faire homme pour sauver les brebis d'Israël...

Dès ce moment, en effet, sa jeune intelligence et son coeur ardent n'étaient plus occupés que de la pensée et du souvenir de la divine Hostie qui avait blessé d'amour son pauvre coeur, et chaque soir, après s'être assuré que son père était endormi, il rouvrait les yeux, il se mettait à prier longtemps le doux Enfant Jésus et à bien apprendre son catéchisme. «Ô mon Jésus! disait-il, quand donc mon jeûne finira-t-il? quand donc pourrai-je vous recevoir dans la sainte Communion et vous presser sur mon coeur!» Ce qui le préoccupait vivement, c'était le changement qu'il avait remarqué dans sa mère depuis ce voyage dans le Midi; il lui voyait d'autres habitudes, d'autres démarches, des principes et des goûts plus sévères, et un jour il lui dit: «Mère, si vous ne m'assurez que vous n'êtes pas baptisée, je le croirai.» La mère, embarrassée, ne sut que répondre. «Ah! maman, reprit-il, je le vois bien, vous êtes déjà chrétienne et j'espère que le bon Jésus me réunira bientôt à vous et que nous ferons ensemble notre première communion...» La mère, tressaillant d'une émotion mêlée de joie et de crainte, osa avouer à son fils qu'elle recevait son Sauveur presque chaque matin... Alors l'enfant se mit à pleurer à chaudes larmes, à sangloter, à se jeter au cou de sa mère: «Oh! pourquoi ne m'avez-vous pas attendu? Au moins permettez-moi de me tenir tout près de vous quand Jésus sera dans votre coeur, afin que je puisse embrasser avec respect ce divin Enfant si aimable... Ô mère bien-aimée, je vous en supplie, la prochaine fois, gardez-moi quelque chose de votre communion; une mère partage volontiers avec son enfant sa nourriture..» Et le jeune enfant se rapprochait alors de sa mère et baisait avec respect ses vêtements. Ce désir dura quatre années tout entières. Dire les sacrifices, les efforts que dut faire ce pauvre enfant pour concilier l'obéissance qu'il devait à son père avec sa foi vive, sa préoccupation unique de devenir chrétien, d'apprendre à connaître, à aimer, à servir Jésus-Christ, serait chose impossible. Ce fut un long martyre...