Mais le pauvre Georges se trouva de nouveau privé du trésor pour lequel il avait affronté toute cette persécution religieuse: il s'était fait chrétien pour pouvoir communier, et voici que depuis la Toussaint jusqu'à Pâques une sévère surveillance l'avait empêché de se rendre à l'église et il se trouvait placé dans une pension, dans une ville où il n'y avait pas un seul prêtre catholique... Peut-on se figurer cette torture?... Plusieurs mois se passent encore. Un jour, (jour secrètement fixé d'avance), il parvient enfin à se soustraire à la surveillance de ceux qui le gardent, il va jouer dans un bois; mais ce ne sont pas des fleurs ni des papillons qu'il cherche; son regard ému attend un messager du ciel... Un monsieur passe près de lui et le regarde avec un intérêt marqué: c'est bien lui. Savez-vous qui c'était? C'était un prêtre missionnaire que la mère du petit Georges avait attendri sur son sort. Il s'était déguisé et était venu se promener, comme par hasard, dans ce même bois, et le pauvre enfant put faire pour la première fois sa confession depuis son enlèvement, qui remontait à dix mois. Il la fit dans un bois, à l'ombre d'un arbre protecteur... Mais ce n'était pas tout: comment communier?
Le prêtre dut repasser le fleuve (l'Elbe) qui séparait sa mission du lieu habité par le pauvre néophyte. On pria, on étudia le terrain, et enfin, quelques jours après, le missionnaire se déguisa de nouveau, prit sur lui un petit vase d'argent renfermant tout le trésor des cieux, la sainte Hostie, et s'embarqua sur un bateau à vapeur, au milieu d'une foule stupide qui ne se doutait pas que Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, était caché sur la poitrine de cet heureux prêtre. L'enfant avait pu s'échapper de l'école pour accourir dans la chambre de sa mère, et là, dans cette chambre où il avait improvisé un petit autel couvert de fleurs et de lumières, tous deux à genoux ils attendaient la visite si ardemment désirée du Sauveur Jésus en personne qui voulait bien condescendre à venir les fortifier dans leur exil.
Enfin le prêtre, traversant sans obstacle tous les dangers de cette périlleuse entreprise, arriva avec son dépôt précieux, et dans ce pays sans foi, dans cette ville sans prêtre, sans église catholique, et dans cette modeste chambre, l'enfant put accomplir le devoir pascal et s'unir à son Jésus.
Voici ce qu'il m'écrivit quelques jours après:
«Quand je me réveille la nuit, ô mon cher oncle, pour penser à toutes les grâces que le bon Jésus m'a faites depuis que je suis ici, loin de tout secours religieux, quand je pense surtout à la communion que j'ai pu faire presque miraculeusement dans la petite chambre de maman, je me mets à bondir de joie sur mon lit et à mordre ma couverture dans le transport de ma reconnaissance.»
Quelques mois après, il m'écrivait encore: «Nous sommes à la veille de Noël, et à l'approche de cette solennité la surveillance redouble pour m'empêcher de recevoir mon Dieu. Hélas! devrai-je passer ces belles fêtes dans un douloureux jeûne, privé du pain de vie? Priez le saint Enfant Jésus que mon jeûne finisse bientôt. Il faut que je sois bien sage pour dédommager maman de ne pas se trouver à Lyon pendant que vous y prêchez.»
Ici se termine le touchant récit du P. Hermann. Depuis lors, Georges a été rendu à sa mère, et ils ne se sont plus séparés. Le bon religieux revit, trois ans après lui avoir donné le baptême, cet enfant chéri qu'il ne cessa de diriger jusqu'à sa mort.