Le père et la mère n'y tinrent plus; les larmes coulèrent de leurs yeux. Ils embrassèrent cet ange, et lui dirent:

«Oui, demain, tu seras seule; mais dans quelques jours tu renouvelleras. Alors nous serons heureux tous les trois.»

Le surlendemain, ajoute le missionnaire, l'enfant triomphante m'amenait son père et sa mère en me disant:

«Mon Père, vous aviez raison, le miracle est fait; nous serons, dans quelques jours, tous les trois unis à la Table sainte et tous les trois heureux sur la terre.»

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19.—LE MARQUIS D'OUTREMER.

Le marquis d'Outremer était un vrai philanthrope. Il ne s'amusait pas à fonder ces oeuvres qui ne figurent guère que sur le papier et qui servent surtout à obtenir des décorations à leurs fondateurs. Il vivait de très peu, et ce qu'il eût pu employer de son superflu, il préférait le donner aux pauvres, qu'il aimait, qu'il visitait assidûment, qu'il soignait lui-même. Car, dans sa jeunesse, il avait étudié la médecine, et le titre de docteur ne lui paraissait pas messéant à côté de celui de marquis. Son défaut, c'était d'être non seulement incrédule, mais impie.

Il avait une fille unique. Bien qu'il fût veuf et qu'il l'aimât avec une extrême tendresse, Eudoxie, quand elle eut atteint ses vingt-cinq ans, ayant manifesté le désir de se faire Soeur de Chanté, le marquis, chose étonnante pour un libre-penseur, n'y avait mis aucun obstacle. Il s'était contenté d'éprouver la vocation d'Eudoxie par quelques mois d'attente. Il avait consulté les directeurs de sa fille, et sa fille était devenue fille de Saint-Vincent de Paul. Depuis un an, on l'avait chargée de la pharmacie, à l'hôpital civil de Castres.