Avec ce tact exquis de la Soeur de Charité, qui est presque le tact d'une mère, Soeur Eudoxie vit qu'il y avait là une blessure; que cette blessure s'envenimait en devenant secrète, que la confiance peut-être allait la guérir.
Un jour, tout naturellement, et sans que Soeur Eudoxie le lui eût demandé, le soldat lui raconta son âme. Il avait été élevé chrétiennement. Sa mère n'était pas seulement pieuse: c'était une sainte.
Enfin, Soeur Eudoxie apprit le nom du jeune soldat. C'est dire qu'elle redoubla d'efforts pour le ramener à Dieu. Il y avait là une dette de reconnaissance filiale à acquitter.
Un jour, elle aborda le malade en ces termes: «Je connais votre mère, la bonne, l'ardente, la pieuse, la charitable Mme X... Elle a sauvé mon père doublement: son corps, d'abord, puis son âme. Je voudrais essayer de me libérer envers elle. Vous seul pouvez m'en fournir les moyens: faites comme mon père. Je ne dirai pas de vous rendre à l'aveuglette, mais de consentir à écouter un bon prêtre.» Jacques, que les raisonnements avaient trouvé insensible, se laissa émouvoir.
Une fois le bon prêtre à son chevet, une fois cette voix entendue, au fond de laquelle Jacques ne pouvait méconnaître la sincérité, la tendresse, la vraie charité, l'obstacle fut levé. Il revint à Dieu du fond du coeur.
Jacques converti, le calme de son âme réagit sur son corps. La fièvre tomba. Et il eut vite son congé de convalescence.
Oh! quelles douces larmes coulèrent de tous les yeux, lorsqu'il retrouva sa mère et le marquis! Et avec quels transports d'amour ils bénirent ensemble les miséricordes divines! ...