—Juste! Vraiment oui, j'ai fait le grand pas! tous les anciens comptes réglés! Au diable le vieil homme! Oui, cher Frère! j'ai suivi votre conseil; je me suis confessé. Et que vous aviez bien raison: Ça n'est effrayant qu'à distance et pour des poltrons! Il suffit de commencer, et ensuite rien de plus facile, grâce à ce bon curé. Voyez-vous, à mesure que je parlais, je sentais comme un poids qu'on m'ôtait par degrés de dessus la poitrine; ou encore, j'étais comme un homme qui rejette un poison qui lui tournait sur le coeur et sent rapidement la santé revenir! J'ai rajeuni de trente ans; pour un rien je m'envolerais au plafond; mais soyons sages et n'oublions pas que nous avons des cheveux blancs: ne faisons pas rire vos écoliers, qui pourraient nous voir à travers les carreaux. Une fois encore, cher Frère, je vous remercie, car à votre conseil vous aurez joint, je n'en doute pas, les prières.

Le bon Frère était presque aussi heureux que le général, et l'émotion de sa parole le prouva bien à celui-ci.

Le brave militaire, dès lors, n'en fut que plus assidu aux réunions de Saint-François-Xavier, qu'il édifiait par sa présence et qu'édifia davantage encore le récit de sa mort.

Le général, après avoir accompli avec calme et recueillement tous les devoirs du chrétien, ordonna, avant que le prêtre se fût éloigné, qu'on fit venir toute sa famille. Celle-ci arriva tout en larmes, et chacun se mit a genoux dans la chambre mortuaire. Il éleva alors la voix et dit: «Mes enfants, je vous remercie de toutes les preuves d'affection que vous m'avez données, et je vous prie de me pardonner les peines que j'aurais pu vous causer en cette vie.»

Après un silence de quelques moments, interrompu par les sanglots des assistants, il reprit:

«Vous tous que j'aime, je vous bénis au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.»

Puis il inclinait la tête, pendant qu'un dernier et paternel sourire glissait sur ses lèvres. L'âme du juste était devant Dieu.

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