Je lui serrai la main, et je m'éloignai rapidement, sans détourner la tête, demandant à Dieu de faire le reste.
Pendant un mois, loin de chercher Jean, je l'évitais. Mais Paris est bien moins grande ville qu'on ne le pense. Jean m'avait guetté, m'avait suivi, et il était parvenu à connaître mon nom et mon adresse, plus avancé en cela que moi, qui ne savais de lui que son prénom de Jean.
Un matin je reçois une lettre de faire-part. Il s'agissait d'un mariage pour le lendemain, entre M. Marteau et Mlle Gilquin, qui m'invitaient à assister à la bénédiction nuptiale. Des noms inconnus; cela arrive de temps en temps. On cherche. Est-ce mon boulanger, mon fruitier, mon épicier? Ici se rencontrait un obstacle bizarre: M. Marteau exerçait la profession de fabricant de formes pour chaussures.
Je stimulai mes souvenirs: aucune lumière. À la fin, je remarquai que le fabricant de formes de chaussures avait, entre autres prénoms, celui de Jean. Mais une observation de l'autre Jean m'était demeurée dans la mémoire: «J'ai de petits enfants,» m'avait-il dit... Le Jean du trottoir était donc marié; ce ne pouvait être mon néophyte. Et cependant quelque chose me disait que ce devait être lui...
Mon incertitude cessa bientôt.
Je venais de dîner: j'allais sortir. Un timide coup de sonnette m'annonce un visiteur. On ouvre. J'écoute le nom: «M. Jean Marteau.»
C'était le mien! c'était mon ouvrier de la rue du Four et de la place Saint-Sulpice!
—Entrez, monsieur Jean, asseyez-vous. Eh bien! vous allez donc vous marier?
—Mon Dieu, oui, monsieur, demain.
—Mais il me semblait que vous étiez déjà marié?