Le dernier jour du mois de mai 186..., un militaire ayant sur sa poitrine le signe des braves, s'approchait de la Table sainte. Une jeune enfant le suivait du regard et semblait envier son bonheur.

Quelques instants après, le prêtre qui venait de célébrer les saints mystères, s'approcha de nouveau de l'autel, et détacha d'un rosier, placé aux pieds de la sainte Vierge, une branche encore toute fleurie. Il la présenta ensuite au vieux guerrier, qui la baisa respectueusement.

Depuis cette époque, elle figure comme un trophée au dessus des armes appendues aux murs de sa demeure, et, chaque fois que les regards du vieillard se portent sur ce rameau desséché, il murmure une prière à Marie, l'aimable et tendre refuge des pauvres pécheurs.

[Index]

29.—LA STATUETTE DE SAINT ANTOINE.

Élevé par une pieuse mère, D***, officier aussi loyal que brave, avait eu la foi, mais la vie des camps et des casernes avait effacé l'empreinte primitive de la religion et il en était arrivé à cette indifférence froide et triste qui est une forme honnête de l'impiété. Son épouse, restée maîtresse pour elle-même et pour sa fille de toutes les pratiques de la dévotion, n'en pleurait pas moins l'égarement de celui qu'elle aimait assez sur la terre, pour ne pas vouloir en être séparée au ciel. Depuis longtemps déjà, ses prières montaient toujours vers le Ciel et imploraient l'appui de la Reine des vierges. Rien ne venait la consoler. Un jour même, une nouvelle peine vint s'ajouter aux autres: son mari lui avait appris qu'il était franc-maçon! Ce n'était plus seulement l'indifférence, c'était l'impiété réelle et notoire, l'impiété publique et affichée...; et, en pensant à cela, Mme D*** serrait sa fille sur son coeur comme pour la préserver d'un malheur, ou peut-être pour avoir recours à l'innocence de l'enfant, contre le péril que courait l'âme du père.

Tout-à-coup, ses yeux se portèrent sur une statuette de saint Antoine de Padoue qui ornait sa chambre, et une idée subite s'empara de son âme attristée... «Mon enfant, dit-elle à sa fille, mon enfant, il faut que tu pries beaucoup saint Antoine pour obtenir de lui que ton père retrouve ce qu'il a perdu!

—Qu'a-t-il donc perdu, ma mère?