—Tu le sauras plus tard, mais prie et... n'en dis rien à ton père.»
Le regard naïf de la jeune fille se leva vers la statuette, et ses lèvres s'ouvrirent pour laisser échapper ces paroles: «Grand Saint, faites retrouver à mon père ce qu'il a perdu.»
En-ce moment la porte s'ouvrait, et M. D*** venait avertir sa femme qu'il allait sortir.
Il avait tout entendu et se demandait tout en marchant ce que cela pouvait bien être. «Qu'ai-je donc perdu, se disait-il? C'est sans doute ma femme qui aura égaré quelque chose...; mais quelle idée d'aller redemander cela à cette statue! Après tout, peu importe! Elle est si bonne épouse et si bonne mère!... C'est égal, il faut que je lui dise de ne pas s'inquiéter, car enfin si j'avais perdu une chose sérieuse, je le saurais bien.»
Comme on était aux premiers jours de juin, M. D*** jugea que la soirée assez belle lui promettait plus de jouissance à la campagne qu'entre les quatre murs de la loge. «Une idée! se dit-il en se frappant le front, je vais chercher ma femme et ma fille et nous irons faire un tour à la campagne...; mais qu'ai-je donc perdu?...»
Mme D*** eut un sourire de bonheur et jeta un regard qui disait merci à saint Antoine, quand son mari vint lui dire son idée! mais elle resta muette et se sentit rougir lorsqu'il ajouta: «Dis donc, est-ce que j'ai perdu quelque chose?—Pourquoi me demandes-tu cela? répondit-elle.—C'est que j'ai entendu la petite.»
La conversation en resta là, mais l'embarras de Mme D*** n'avait pas échappé à son mari, et souvent encore il se demandait: «Qu'ai-je donc perdu?»
Le 12 juin au soir, Mme D*** se trouvait encore dans sa chambre avec sa fille, et l'enfant redisait avec ferveur sa naïve prière: «Grand Saint, faites retrouver à mon père ce qu'il a perdu!»
«Mais enfin, dis-moi donc ce que j'ai perdu, s'écria M. D*** en entrant violemment dans la chambre... Depuis huit jours, je me le demande... Depuis huit jours, cette pensée m'obsède... Tu fais toujours prier ta fille pour cela, mais tu ferais bien mieux de me le dire, car je saurais si cela vaut la peine de fatiguer cette enfant!»
Mme D*** se leva, en regardant son mari avec calme: «Mon ami, lui dit-elle, serais-tu content de me quitter pour toujours?