Il y a quelques années, le Carême était prêché dans une grande ville de France par deux saints missionnaires. Un soir, tandis que la foule empressée se rendait à l'église, la petite Mathilde de C***, enfant de dix ans, jouait sur le balcon de sa maison; tout à coup, poussée comme par une inspiration divine, elle abandonne la poupée qu'elle tenait à la main et, courant à son père qui lisait un journal: «Oh! papa, que je serais heureuse!...—Que faudrait-il pour cela, mon enfant?—Je n'ose pas... dites, me l'accorderez-vous?—Oui, ma fille!—Ah! bon! eh bien! j'étais tout à l'heure sur le balcon et j'ai vu beaucoup de messieurs qui allaient au sermon; il y en a même plusieurs qui y conduisaient leurs petites filles; et vous, papa, vous ne m'y menez jamais! Ce soir...—Tu veux que je t'y conduise, n'est-ce pas?—Oui! je le désire beaucoup.»

Bientôt l'heureuse Mathilde entrait dans l'église avec son père. Il la plaça près d'une dame de sa connaissance, parce que, dit-il, une petite fille ne reste pas avec les messieurs; et... faisant semblant d'aller du côté des hommes, il sortit.

Mathilde, qui le suivait des yeux, s'en aperçut, mais ne dit rien; le lendemain elle voulut, comme par un caprice d'enfant, rester parmi les messieurs avec son père. Le prêtre chargé de maintenir l'ordre, voyant cette petite fille: «Mon enfant, lui dit-il, ce n'est point là votre place.—Monsieur, répondit-elle tout bas, laissez-moi ici, je garde papa

M. de C*** entendit cette parole, il fut ému et resta au sermon. Le bon Dieu l'attendait, et la grâce, se servant des paroles du prédicateur, pénétra dans son âme. Il voulut aller tous les soirs au sermon; il fit mieux, il s'approcha de la sainte Table le jour de Pâques.

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43.—UNE CONQUÊTE DU SACRÉ-COEUR.

Dans une petite ville assez populeuse, près de Liège, une personne dirigeait un café, où elle s'efforçait bien plus de conquérir des âmes à Jésus-Christ que de grossir sa fortune. On y voyait en abondance les publications les plus édifiantes, les cadres et les scapulaires du Sacré-Coeur. Cette propagande fut bénie de Dieu et devint le principe d'un grand nombre de conversions; nous allons reproduire ici la relation de plus remarquable, en conservant au style sa naïve simplicité.

«Un jour, la maîtresse de la maison voit entrer chez elle un inconnu en haillons, de haute taille, ayant une longue barbe et une figure portant l'empreinte d'une profonde misère. Cet homme inspire à la zélatrice une grande compassion, il lui semble que Notre-Seigneur lui envoyait une âme à gagner. J'ai toujours eu, dit-elle, le désir de faire du bien, mais depuis que je suis zélatrice, il me semble en avoir contracté l'obligation, de sorte que cela me donne du courage pour vaincre ma timidité. Elle fit donc bon accueil à son nouvel hôte, qui ne disait pas un mot, et le servit de son mieux, en priant le Coeur de Jésus de l'inspirer. Croyant le moment favorable, elle entama la conversation: «Ne vous étonnez pas, Monsieur, lui dit-elle, de ce que je vais vous demander; je fais cette question a toutes les personnes qui viennent ici, et je vous vois, je crois, pour la première fois: avez-vous fait vos Pâques?—Non, répondit-il, je ne fais pas mes Pâques, je suis libre-penseur.—Mais ce n'est pas une religion, cela.—C'est ma religion à moi, je n'en ai pas d'autre.—N'avez-vous pas été catholique autrefois?—Oui, j'ai fait ma première communion; depuis, j'ai tout laissé: j'ai quitté ma femme, mes enfants, j'ai été en Afrique... Je ne veux pas des prêtres, pas plus qu'ils ne voudraient de moi.—Au contraire, Monsieur, ce serait un grand bonheur pour eux de vous ramener à Dieu; dans l'Évangile, n'y a-t-il pas la parabole de l'enfant prodigue où le père fête le retour de son fils?—Ne me dites rien, répond-il avec animation, je ne veux pas changer, vous ne me convertirez pas, vous dis-je; pensez-vous mieux réussir que ma femme et mes enfants qui m'ont supplié de toutes les façons? Non, vous ne me changerez pas, je devrais parler à des prêtres, et je déteste les prêtres; quand ils arrivent, je m'en vais d'un autre côté pour ne pas les voir.»