«Il ajouta encore beaucoup d'autres choses contre la religion. J'étais toute tremblante en l'entendant, dit la zélatrice, et je priais intérieurement le Coeur de Jésus. Quand il eut fini, j'allai chercher un scapulaire du Sacré-Coeur.—Monsieur, lui dis-je, ne voudriez-vous pas, avant de partir, accepter ceci? j'aimerais à vous le donner; voyez, l'image est bien belle. Lisez, ajoutai-je, ce qui est écrit dessous, ce sont de si bonnes paroles! Il le fait, puis se lève et tenant le scapulaire des deux mains, il le baise, pleure et dit: «Coeur de Jésus, je suis un des plus grands pécheurs, oui, un grand pécheur.» Ses larmes coulaient en abondance, l'émotion l'oblige à s'asseoir.—Un prêtre! dit-il, je veux me confesser. Qui êtes-vous, pauvre femme, pour me convertir ainsi? car je suis converti.—C'est le Coeur de Jésus qui a tout fait, dit la zélatrice, et elle le fait entrer dans une chambre voisine, pendant qu'elle allait avertir le vicaire. Celui-ci vint aussitôt, s'entretint avec le pauvre pécheur, puis l'engagea à se rendre à l'église pour préparer sa confession. En y allant, cet homme priait, et dès qu'il fut arrivé, il alla se prosterner au pied d'un autel de la sainte Vierge; il pleurait et disait à haute voix: «Vierge sainte, ayez pitié d'un grand pécheur qui vous demande sa conversion.» Il fit le chemin de la croix, et, lorsqu'il fut arrivé à la douzième station, il mit les bras en croix sans s'occuper des personnes présentes, en disant: Jésus-Christ, je vous demande pardon de mes péchés, oui, de tous mes péchés. La contrition débordait de son âme, il était inondé par la grâce. Il alla à la sacristie, et, quand il en sortit avec le prêtre, tous deux pleuraient. Il ne reçut pas ce jour-là l'absolution: on préféra lui laisser quelques jours pour se préparer. Il passa ce temps dans le recueillement, vint prendre ses repas chez la zélatrice qui lui fournit des lectures pieuses pour occuper ses loisirs, car il évitait même de travailler pour ne pas se distraire des pensées de foi qui nourrissaient son âme. Lorsqu'il rencontrait le vicaire, il lui serrait la main en lui exprimant son désir de recevoir l'absolution. Le temps d'épreuve fut abrégé, et la brebis perdue rentra dans le bercail du Bon Pasteur, qui se donna à elle dans la sainte communion. C'était la seconde de ce nouvel enfant prodigue qui n'avait plus reçu son Dieu depuis cinquante ans.

«Il fut dès lors un modèle de piété, et son exemple en ramena plusieurs qui travaillaient dans un atelier irréligieux où il conduisit le prêtre qui l'avait réconcilié avec Dieu.»

Ah! si tous les bons catholiques avaient le zèle et le courage de cette généreuse chrétienne, combien de pauvres pécheurs seraient ramenés à la pratique de la religion! Le prêtre, hélas! n'a aucun moyen d'atteindre ces infortunés qui ne viennent plus à l'église et lui ferment leur porte. Qui les sauvera, qui les arrachera aux flammes de l'enfer, si les pieux laïques de leur entourage ne s'intéressent pas à l'oeuvre de leur conversion, la plus grande, la plus capitale de toutes les oeuvres?...

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44.—PUISSANCE DU CHAPELET.

Imbu dès sa jeunesse des maximes de l'école voltairienne, Arthur Grant était impie; mais son impiété n'avait rien du cynisme des libres-penseurs du siècle. C'était un impie de bon ton. Son éducation aristocratique, l'aménité de son caractère, la distinction de ses manières le rendaient agréable dans le commerce du monde, et le venin de son irréligion se cachait sous des dehors attrayants et des formes polies. C'était un majestueux vieillard à la figure noble, dont la barbe blanche tombait à flots d'argent sur sa poitrine. Initié, jeune encore, aux mystères absurdes de la franc-maçonnerie, après en avoir subi les ridicules épreuves, il avait été promu au grade de chevalier kadosch. C'était un aimable viveur qui se faisait chérir dans son village, dont il était le plus riche propriétaire, et en quelque sorte le seigneur. Il secourait les indigents et se faisait gloire d'être philanthrope. Les glaces de l'âge n'avaient pas encore éteint en lui les flammes des passions. La corruption du coeur avait perverti son intelligence. Cependant sa fille, Irma, gémissait en secret, sur les dérèglements et l'irréligion de son vieux père. On la voyait souvent répandre des larmes abondantes sur les marches de l'autel de Marie, à laquelle elle adressait de ferventes prières pour sa conversion.

Un zélé missionnaire étant venu prêcher une retraite dans le village qu'habitaient Irma et son père, la jeune fille, sous les inspirations de la grâce, redoubla de ferveur et de supplications pour obtenir la conversion de celui qu'elle aimait de l'amour le plus tendre, et résolut de tenter un effort suprême. Elle consulta le missionnaire sur les moyens à prendre pour convertir son vieux père.

—Il faut prier, mon enfant, et prier sans cesse, lui dit le saint prêtre: ne désespérez pas, Dieu est plus fort que le diable. Voyons, quelles sont les habitudes de Monsieur votre père, quel est son genre de vie?