Ung vray amant ne sçayt qu'il face
Mais va tousjours de place en place
Sans chemin ne sente tenir
Quant il doit arrester il passe
Courant tousjours passe et rapasse
Sans ung propoz entretenir
Tousjours erre et en errant
Sans trouver secours ne garant
D'amours n'auroit la grefve playe
Qui luy abolit tout joye
Quant il ne peult trouver adresse
En cheminant l'oblique voye
Qui totalement le desvoye
Tant qu'il n'y a point de liesse

Me sibi subdit amor illi licet usque rebellem
Me que repugnantem fortius urit amor

Je preuve la chose telle
En moy simple jouvencelle
Qui esprinse d'amour suis
Amour m'a subjecte a elle
Ja soit que je me rebelle
Contre elle tant que je puis
Je repugne assez: et puis
Amour tant plus je reculle
Et plus ardamment me brusle
Plus fuy plus me vient querir
Medecine ne sçay nulle
Qui m'y puisse secourir

Sic afflicta diu casso quoque fessa labore
Mesta loquar quam venire malo mori

Ainsi en ceste affliction
De double ymagination
De labeur cas vaine et lassee
De parler j'ay intention
Et dire mon opinion
Toute dolente et courroucee
En disant ma triste pensee
Et estre de soucy delivre
Mieulx ayme mourir que ainsi vivre
Car amour par sa fellonnye
Tant de cruelz assaulx me livre
Que j'ayme mieulx mort que la vie

Comme la vieille resconforte gallathee de ce qu'elle dit que amour luy fait si grant guerre et dit.

[U]t graviora suo surgunt incendia motu
Lis que repugnando major et ira furit

Les chaleurs et abrasemens
Se croissent par leurs mouvemens
Pires que du commencement
Par les divers repugnemens
Moyse prent ses escroissemens
Et sourt ire plus grandement
Le fer par son debatement
S'eschauffe vehementement
Petite noise aussi dement
Horrible merveilleusement
Et croist innumerablement
Quant son contraire la soustient

Sic venus ipsa suis/ ipsi sibi noxia vellis
Surgit et opposita vulnera lite favet

Ainsi venus haulte deesse
D'amours souveraine princesse
Aux siens donne choses nuisibles
Par ardeur d'amoureuse presse
Et ses ardeurs haulse ou rabesse
Par operations terribles
Par lice opposite et contraire
Elle nourrit et faire atraire
Ses plaies pour les abraser
Par souvent le feu atiser
Il brusle incessemment tousjours
Par ainsi doit on rapaiser
Qui est saige le feu d'amours