Elle ne voulait pas le croire; elle disait que c'était absurde.

—Qui aurais-je pu trouver à Francfort? lui disais-je. Les boursiers? Ils sont les antidotes de l'amour, ils n'ont aucune galanterie. Il est indigne d'une femme de se donner à un homme qui ne remplisse pas un peu le cœur. Rien ne me fait autant horreur que Messaline, qui ne recherche que la volupté animale.

Roudolphine rougit sous son fard; j'avais probablement touché juste, quoique bien involontairement.

Nous ne causâmes pas longtemps.

Je remarquai deux cavaliers qui nous examinaient à travers leur lorgnette; l'un salua Roudolphine, tandis que je m'en allais par une autre allée.

Durant ces quinze jours que je passai à Vienne, j'appris que Roudolphine passait pour une des femmes les plus coquettes de la société. Ses amants se comptaient par douzaines. Les deux messieurs que j'avais remarqués chez Hitzig étaient du nombre, ils étaient attachés à l'ambassade brésilienne et étaient les plus grands roués de Vienne. Roudolphine me présenta même l'un d'eux, le comte de A....a. Elle n'était plus jalouse; au contraire, elle cédait volontiers ses amants à ses amies. Elle m'avoua que ça lui faisait presque tout autant de plaisir d'assister aux jouissances sensuelles des autres. Je songeai aux scènes de «Justine» où il arrive quelque chose de semblable.

Par politesse, je rendis visite à Roudolphine. Elle était toute seule; il était près de trois heures et demie. Elle me montra des photographies qu'elle venait de recevoir de Paris.

C'étaient des scènes érotiques, des hommes et des femmes nus. Les plus intéressantes étaient celles de Mme Dudevant, qu'Alfred de Musset faisait circuler parmi ses amis.

Il y en avait surtout six qui étaient tout particulièrement obscènes. La célèbre femme de lettres initiait des femmes et des jeunes filles aux mystères du service saphique. Dans une de ces images, elle fait l'amour avec un gigantesque gorille; dans une autre, avec un chien de Terre-Neuve; dans une autre encore, avec un étalon que deux filles nues tiennent en laisse. Elle-même est agenouillée, on voit sa beauté dans toute sa splendeur, non seulement sa beauté, mais toutes ses beautés, car chacune de ses beautés était bien en évidence. J'ai peine à croire qu'une femme puisse supporter une telle emprise, la douleur doit passer de beaucoup la volupté.

Roudolphine m'a raconté l'histoire de ces images.