Puis tout se passa d'abord le mieux du monde, ensuite sa façon de se comporter m'épouvanta. J'ai entendu dire que certaines personnes étaient frappées d'une attaque dans une telle situation; cela arrive plus souvent aux hommes qu'aux femmes. Cela doit être terrible de serrer un cadavre dans ses bras.

Sir Ethelred semblait avoir deviné mes pensées. Descendus au jardin, nous causâmes sur ce sujet.

—Mon Dieu, ne savez-vous donc, pas à quelles aberrations une passion excessive mène? Il y a eu beaucoup de cas où des hommes ont violé des cadavres. La loi ne sévirait pas, si cela n'existait pas. Je ne sais pas si cela arrivait jadis plus souvent qu'aujourd'hui; aujourd'hui, cela se passe encore. Durant les guerres de Napoléon, cette passion eut même de sérieuses suites pour la victime. Peu de jours avant la bataille d'Iéna, un officier fut logé chez un pasteur protestant. La fille du pasteur venait de mourir, c'est-à-dire que le médecin qui la soignait venait de remplir son bulletin de mort. Ce n'était qu'un cas aigu de catalepsie. La fille devait être enterrée après le départ des soldats. L'officier, séduit par la beauté du cadavre, le viola. L'électricité réveilla la jeune fille. Qui connaît donc le galvanisme de cet acte? Elle conçut même. Ses parents furent très agréablement surpris de la trouver éveillée le lendemain matin. Elle devint mère et ne connaissait même pas le père de son enfant, un garçonnet robuste et fort bien fait. La chose s'expliqua plusieurs années plus tard, quand l'officier repassa par hasard dans ce village. La chose fit beaucoup de bruit. MM. les soldats avaient plusieurs cas semblables sur la conscience. Quand on en surprenait un en flagrant délit, il s'excusait en disant qu'il l'avait fait par pure humanité, afin de ressusciter la fille. Naturellement, aucun ne réussissait, car ces cas de catalepsie sont excessivement rares et le moyen n'est pas toujours efficace. Le viol des cadavres est encore très fréquent, il est plutôt pratiqué par des personnes de l'aristocratie que par des personnes du peuple. Parmi toutes les histoires que je connais, je vais vous raconter celle du ministre autrichien, le prince de S... Il se faisait amener tous les morts de l'hôpital dans son appartement, soi-disant pour faire des études anatomiques, car il était dilettante de médecine. Les médecins découvrirent qu'il violait ces cadavres, car une fois le cadavre d'une vierge ne rentra pas intact à l'hôpital.

Cette passion est très dangereuse pour celui qui s'y adonne, elle peut même être mortelle. Les poisons qu'un cadavre sécrète sont très violents. Ce danger est encore plus grand dans les pays chauds, car les cadavres s'y décomposent plus rapidement. Ce vice est très répandu en Italie; le climat est très énervant et l'Italien fait usage de tout pour assouvir ses passions. L'onanisme, la sodomie et le viol des cadavres sont très développés ici. Oui, on assassine sur commande et on apporte les victimes palpitantes à des débauchés. Le procès d'un fabricant de salami a fait beaucoup de bruit ces derniers temps. Non seulement il assassinait ses victimes, mais il les violait avant ou après. Quand une femme est exécutée en Italie, ce qui n'est pas très rare dans les États de l'Église, on peut être sûr que vingt-quatre heures après son cadavre a été violé; si bien que des maris qui n'avaient pas été cocus du vivant de leur femme le sont après sa mort. Cela se passe également en France et en Angleterre, tout particulièrement à Londres, où la police est mal organisée et très faible. Le plus grand crime que l'homme puisse commettre, c'est de se mutiler soi-même; avez-vous jamais entendu dire que la loi l'en punisse?

Ce que sir Ethelred me racontait me remplissait d'effroi. Tous ces crimes le laissaient indifférent. D'après lui, l'automutilation et le viol des cadavres étaient des habitudes dangereuses; seulement, si elles nuisaient à celui qui s'y adonnait, la loi ne devait pas punir l'automutilation, ni le viol des cadavres, ni le suicide ou plutôt la tentative de suicide; les lois ne punissent que les actes qui attaquent la volonté, la santé ou le bien des autres.

Tout ce qu'il me racontait me faisait trembler, ces crimes étaient trop lugubres, je ne pouvais y croire.

—Il me serait facile de vous convaincre de la véracité de ces choses si je ne craignais de vous voir changer de sentiments à mon égard. Il me suffirait de vous mener dans les endroits où ces choses s'accomplissent.

—Quoi, ici, à Florence?

—Non, pas ici, mais à Rome, me répondit sir Ethelred. Vous y irez comme en tournée.

—Bon. Je vous promets que mon amour ne s'en ressentira pas et que j'aurai assez de force pour assister avec calme à ces choses. Mais vous devez me promettre que je ne devrai pas y prendre activement part, ni qu'un assassinat aura lieu devant moi. Je ne voudrais pas non plus voir de ces tortures qui mutilent pour toujours les victimes. Ces dernières doivent s'offrir volontairement; car je ne voudrais pas assister à ces horreurs décrites dans le livre de Sade.