Une passion maladive et fiévreuse s'empara de moi; j'étais inquiète, et Dieu sait où elle m'aurait poussée, si les actes que je devais bientôt voir n'avaient éloigné de moi ces envies. Je vais tout vous raconter, j'espère que vous ne me condamnerez pas. Si jamais nous nous rencontrons, vous m'expliquerez, au contraire, ces choses.
Le temps passait très vite en compagnie d'un aussi galant homme. Nous étions très tempérants quant à l'amour. Il était toujours prêt à de nouveaux jeux, mais je craignais pour sa santé. Je l'aimais trop pour ne pas vouloir lui épargner une humiliation.
Nous allâmes à Rome et sir Ethelred tint parole le troisième jour. Il dut payer une immense somme pour pouvoir contenter ma curiosité.
La veille au soir, il y avait eu deux exécutions au garrot. Un brigand des Abruzzes et sa femme, une ravissante personne, furent étranglés place Nacona. Sir Ethelred avait loué une fenêtre proche de la potence. À travers ma lorgnette, je pouvais suivre tous les mouvements musculaires du visage de ces deux malheureux; je souffrais cruellement. Je ne pouvais oublier ces deux visages d'épouvante. Sir Ethelred lisait dans mes pensées, il me dit:
—Vous les reverrez encore.
Je restai quinze jours à Rome. La fin de mon séjour fut troublée par la mort subite de mon ami. Il mourut de la malaria, cette terrible épidémie qui a déjà fait tant de victimes. Je ne l'abandonnai point jusqu'à son dernier souffle; je lui fermai les yeux. Dans son testament, il me léguait toute sa fortune, ses pierreries et ses antiques qu'il avait collectionnés dans ses voyages.
Cette mort inattendue me dégoûta de l'Italie et je fus heureuse de signer un engagement avec un imprésario qui m'emmenait à Paris, à l'Opéra-Italien.
VII
À PARIS
À mon arrivée à Paris, les deux cas qui révolutionnaient l'opinion vous sont sans doute connus, quoique les journaux les aient incomplètement racontés à cause du scandale des débats. Les assises étaient pourtant publiques, j'y ai vu des dames de la plus haute aristocratie et des demi-mondaines.