On conduisit d'abord les jeunes gens dans l'atelier des compositeurs typographes, où s'opère la première partie du travail de l'imprimerie, c'est-à-dire l'assemblage des lettres.

Presse à bras.

«Vous savez, leur dit leur cicérone, qu'avant Gutenberg on n'imprimait qu'au moyen de planches en bois d'une seule pièce, sur lesquelles les lettres étaient sculptées en relief. Gutenberg inventa les lettres mobiles ou détachées, qui peuvent être employées pour l'impression de plusieurs ouvrages. Ces lettres furent d'abord en bois. Puis Gutenberg et ses associés, Fust et Schœffer, imaginèrent les matrices, ou petites formes gravées en creux au moyen d'un poinçon, et dans lesquelles on peut fondre des lettres en métal. C'est aujourd'hui encore le système employé pour la fonte des lettres. Les industriels qui s'occupent de ce genre de travail sont appelés fondeurs en caractères typographiques.

La typographie est la partie de l'imprimerie qui concerne la composition, la préparation des planches, sur lesquelles on imprime. Vous savez qu'on appelle planche, ou forme, l'assemblage des caractères qui représentent une ou plusieurs pages.

Dans les ateliers de composition, les lettres typographiques sont disposées dans des boîtes à compartiments, qu'on appelle casses. Vous voyez que ces lettres rappellent par leur forme et par leur longueur des allumettes, sur l'un des bouts desquelles une lettre se trouverait gravée en relief. Le compositeur prend successivement dans la casse chacune des lettres qui lui sont nécessaires pour former les mots qu'il a à composer, et les place côte à côte dans une sorte de petite boîte en métal qu'il tient dans la main gauche, et qu'on nomme composteur. Les lettres y sont renversées, c'est-à-dire qu'elles ont la tête en bas.»

En donnant cette explication, le prote pria un des compositeurs de vouloir bien montrer son composteur aux enfants. Ceux-ci s'amusèrent beaucoup en essayant de lire, comme l'ouvrier, de droite à gauche, et les lettres étant à l'envers.

«Les blancs qui séparent chaque mot sont produits par de petits morceaux de métal moins longs que les lettres, et qu'on nomme espaces, reprit le prote. En ce sens, espace est du féminin.

Les blancs plus larges qui existent souvent à la fin des alinéas s'obtiennent au moyen de carrés de métal appelés cadrats. Les cadrats de petite dimension se nomment cadratins.

Le composteur étant plein, on enlève les lignes de composition qu'il contient, pour les placer sur une sorte de petit cadre en métal qui s'accroche sur la casse, et qu'on nomme galée.