Quatre causes ont, selon nous, détourné l'attention du public de cet objet important:
- 1º L'opinion erronée que le coût excessif des prix de revient nécessitait des tarifs élevés, et, qu'en conséquence, le prix du transport ne pouvait pas être aussi bas chez nous qu'en Belgique;
- 2º L'inutilité d'engager les compagnies à faire des réductions, et l'absurdité de les espérer, si elles étaient contraires à leurs intérêts. On supposait, avec raison, qu'elles étaient les meilleurs juges de ce qui leur convenait;
- 3º La majorité des compagnies ne payant pas de dividendes, le public était plus disposé à plaindre les actionnaires ruinés qu'à attendre une réduction des tarifs;
- 4º L'opinion erronée que l'on avait des causes de l'élévation du prix des transports. On s'imaginait qu'elle provenait des dépenses nécessitées par la traction, et comme les chemins de fer demandaient les mêmes prix que les voitures publiques, et que, malgré cela, la plupart étaient de mauvaises spéculations, on en concluait que le coût du transport était aussi dispendieux, et que les voyageurs ne pouvaient pas payer moins que sur les anciennes routes.
On doit voir maintenant que l'adoption de tarifs modérés dépend entièrement du prix de revient des transports et des autres frais qui en sont forcément la conséquence. Nous devons donc prendre en considération:
- 1º Quelle est la dépense actuelle des chemins de fer;
- 2º Dans quelle proportion s'accroîtrait-elle si le nombre des voyageurs augmentait de beaucoup, soit du triple de ce qu'il est aujourd'hui.
Le chemin de fer de Londres à Birmingham a la réputation d'être l'un des mieux administrés du royaume. Un extrait de ses comptes semestriels nous fera voir quelles sont les différentes causes de dépense, et à combien elles s'élèvent pour chaque article. Je les ai classées sous trois titres: 1º dépenses générales pour l'entretien du chemin de fer; 2º dépenses particulières de traction; 3º dépenses spéciales en dehors du contrôle de la compagnie:
1er TABLEAU.
Dépenses du chemin de fer de Birmingham pour le deuxième semestre de l'année 1842.
| 1º Dépenses de police | 6,200 liv. | |
| Transport des voyageurs | 16,281 | |
| Salaires et gages pour le transport des marchandises | 2,135 | |
| Dépenses pour direction, surveillance, secrétaires,commis, frais d'insertion et de bureau, etc. | 8,309 | |
| Total | 32,925 | |
| 2º Entretien de la voie | 22,711 liv. | } 84,196 |
| Frais de traction | 38,640 | |
| Réparation des voitures | 8,633 | |
| Entret. et remplac. du matériel | 14,212 | |
| 3º Impôts des paroisses | 7,771 | } 21,848 |
| Droits sur les voyageurs | 14,077 | |
| Total | 138,969[6]. | |
Les recettes pendant la même époque se sont élevées à la somme de 420,958 liv., le bénéfice net a donc été de 281,989 l.[7] et la dépense comparée à la recette a été de 33,012 p. % ou à peu près. Nous avons compris, dans le tableau ci-dessus, le transport des marchandises et des voyageurs. Ces deux branches d'exploitation donnent à peu près les mêmes bénéfices et coûtent autant.
Ainsi donc, le prix du transport de chaque voyageur est environ le ⅓ de ce qu'il paie, en admettant, ce qui doit être presqu'évident, que la compagnie taxe chaque classe de voyageurs en proportion de la dépense qu'elle lui occasionne.