Le sujet principal que nous avons à considérer, c'est, s'il convient au gouvernement d'intervenir comme nous le proposons.
Dans nos observations précédentes, nous espérons avoir démontré les propositions suivantes; quelques-unes sont tellement évidentes qu'il est inutile de s'y arrêter plus long-temps:
- 1º Que les chemins de fer ont introduit dans le mode de transport en usage auparavant, un grand et utile changement; que, pour nous servir des expressions de la Revue d'Edimbourg, ils sont le ressort principal de tous les bienfaits moraux, intellectuels et politiques, et qu'ils créent une telle révolution dans le commerce intérieur du pays et dans ses ressources qu'on ne peut y songer sans être rempli d'étonnement;
- 2º Que les bienfaits qu'une communication libre et non interrompue dans tous les sens, apporte à un pays, et surtout à un pays commercial, sont incalculables. Le commerce et l'industrie augmentent en proportion des facilités que donne la modicité des tarifs; une portion du public est soulagée d'un impôt assez lourd, tandis qu'une autre partie jouit d'avantages dont elle était privée;
- 3º Que les tarifs des chemins de fer de ce pays sont, à quelques exceptions près, si élevés, que la société ne retire pas de leur établissement les avantages auxquels on devait s'attendre;
- 4º Que l'élévation des tarifs pour le transport des voyageurs et des marchandises ne provient nullement du prix de revient du transport, puisque, dans certains cas, l'on pourrait transporter trois fois le nombre des uns et le poids des autres sans augmentation de dépenses, et que, dans d'autres cas, l'augmentation serait légère. Elle ne provient pas non plus du prix de revient du chemin de fer, mais bien de l'intérêt seul des actionnaires, qui ne cherchent qu'à faire le plus d'argent possible. Aussi voyons-nous des chemins de fer demander des prix cinq fois plus grands que d'autres;
- 5º Que c'est un fait pour ainsi dire général que les tarifs élevés donnent plus de bénéfices que des tarifs modérés; que, depuis quelques années, les principales compagnies ont élevé les leurs et qu'elles ont l'intention positive de les élever encore. On aurait donc tort d'attendre des compagnies, prises en masse, une rédaction dans leurs tarifs;
- 6º Qu'il y aurait de grands avantages pour le public à opérer le transport des voyageurs et des marchandises au tiers des prix actuels;
- 7º Que c'est le devoir du gouvernement, tout désagréable qu'il soit à remplir, de changer cet état de choses, surtout s'il peut l'être sans léser les parties et sans aggraver la situation du pays par de nouvelles taxes.
Nous pensons que personne ne contestera la vérité des propositions précédentes; mais, afin de confirmer ce que nous avons déjà dit touchant le coût du transport, nous allons citer le témoignage des directeurs du chemin de fer de Glasgow à Greenock, qui ont adopté des tarifs très bas comme plus avantageux. Ils ont réduit leurs prix de 66 p. cent ou, ce qui revient au même, ils ont une autre classe de voyageurs au prix de 1 farthing le mille[41].
Voici ce que nous trouvons dans leur rapport du premier semestre 1842: «Nous avons prouvé que l'augmentation des dépenses qui résulte d'un nombre plus considérable de voyageurs mérite à peine d'être remarquée, et que le nombre de convois que nous avons aujourd'hui pourrait transporter moitié plus de voyageurs sans grande augmentation de dépenses.» La réduction opérée sur les places de la 3e classe a eu des résultats si heureux, que les directeurs annoncent à leurs actionnaires que si elle eût eu lieu avant le commencement de l'année, le résultat du mouvement commercial de leur ligne eût été bien différent de celui qu'ils présentent.
| Dans la semaine finissant le 21 mai, le nombre des voyageurs était de | 12,133 |
| La semaine suivante, après diminution du tarif | 17,332 |
| La semaine suivante | 19,621 |
Et toujours en augmentant jusqu'à ce que nous trouvions ce nombre atteindre le chiffre de 33,887 dans une semaine de l'été; et les directeurs assurent qu'avec un accroissement minime de dépenses, on en transporterait 50,000 par semaine. «Le nombre total des voyageurs sur toute la ligne s'est élevé, pendant le dernier semestre de 1842, à 123,349, et comme les dépenses générales n'ont pas augmenté, les bénéfices nets se sont accrus de 10 p. cent par l'adoption de la classe de 6 d.[42], bien que le ¼ des voyageurs des 1re et 2e classes aient pris les wagons de 3e classe.»
Le chemin de fer de Dublin à Kingstown nous fournira un exemple encore plus frappant des résultats d'un tarif très bas, mis en vigueur, il y a deux ans. L'année dernière, la compagnie a transporté, sans augmenter en rien ses dépenses, 478,117 voyageurs de plus qu'en 1840, et ses actions de 100 livres, qui étaient à 18 p. cent. au-dessous du pair, sont aujourd'hui de 16 p. cent au-dessus.
«Les partisans des tarifs élevés de ce côté du détroit, dit un des journaux de chemins de fer, dans ses remarques sur l'assemblée semestrielle de la compagnie ci-dessus nommée, seront sans doute étonnés d'apprendre qu'il existe un prix de ½ farthing[43] par mille pour une certaine classe de voyageurs; mais le succès qui a couronné les opérations de la compagnie de Kingstown démontre qu'il n'est pas trop bas. Nous serions heureux de voir une semblable méthode adoptée par les compagnies anglaises; mais nous n'osons pas l'espérer.»
Le Journal des chemins de fer d'Herapath et d'autres papiers publics, qui s'occupent de ces voies de communication, prèchent vigoureusement l'adoption, par toutes les lignes, d'une échelle de tarif plus réduite, comme moyen d'augmenter les dividendes; mais il est inutile d'ajouter qu'ils sont loin d'approcher de la réduction que nous avons proposée.