Ils mettent pied à terre sur la Côte, & pénétrent dans le Pays environ une lieuë & demie. Description de la grande Isle flotante qui est sous le Pole Antarctique, & de la Montagne de glace qui est au millieu de figure Piramidale, & qui semble taillée à facettes; des méteores merveilleux qui paroissent de tems à autre autour de l'Isle flotante.
A l'endroit où nous mouillâmes, la Côte étoit toute bordée de grands roseaux, qui hors de l'eau paroissoient de la hauteur d'une pique, & du moins de la grosseur du bras, qui se terminoient en une pointe fort aiguë; ils avoient des nœuds d'espace en espace, & au dessous de ces nœuds pendoient de grandes feüilles jaunâtres larges d'un bon empan, & environ de la longueur d'une aune de Hollande. Nous mîmes la chaloupe en Mer pour aller à terre, & nous eûmes beaucoup de peine à passer au travers de ces roseaux, parce qu'ils étoient fort serrez & proches les uns des autres: nous prîmes toutes nos armes à feu, autant pour nous défendre des bêtes farouches, que pour tuer quelque gibier, s'il arrivoit que nous en rencontrassions; après avoir grimpé en haut, parce que le terrain étoit escarpé, nous trouvâmes une belle Plaine toute semée d'une herbe menuë & courte qui exhaloit une agréable odeur; elle étoit bornée de trois grandes chaînes de Montagnes qui s'étendoient à perte de vûë à droite & à gauche; ces Montagnes nous parûrent posées en Amphithéâtre; le second rang étant plus haut que le premier, & le troisiéme beaucoup plus haut que le second. Le premier rang, à sçavoir le plus proche de nous, n'étoit proprement que de grandes colines, toutes revétues de mousse verte; les Montagnes du second, étoient toutes couvertes de neige, & celles du troisiéme, paroissoient dans le lointain d'un rouge enflammé, ce qui produisoit un des plus beaux aspects qu'on se puisse imaginer: Quand nous eûmes traversé la Plaine, & gagné le pied des colines, nous passâmes plus avant, & vîmes qu'elles formoient en cet endroit une grande enceinte ou enclos environ d'une bonne lieuë de diamétre; cette enceinte étoit toute pleine de grandes herbes si hautes, que les deux plus grands hommes de notre troupe y étans entrez, on leur voyoit à peine le sommet de la tête, nous remarquâmes que tout autour de l'enclos, il y avoit dans les colines de grands trous ou antres, que nous jugeâmes être la retraite de quelques bêtes farouches; & en effet, quelques momens aprés, nous vîmes sortir de ces grandes herbes, à deux cens pas de nous, trois Ours blancs d'une grosseur prodigieuse, qui sans se tourner ni de côté ni d'autre, entrerent dans l'antre qui étoit vis à vis d'eux, nous ne trouvâmes pas à propos aprés cela de rester dans un lieu qui nous sembloit si périlleux, nous en sortîmes sur le champ, & nous avançant toûjours vers les Montagnes, nous trouvâmes un petit Ruisseau d'eau douce trés-claire, sur les bords duquel nous vîmes se promener un grand nombre d'oiseaux à peu prés de la grosseur des Cailles; ils étoient si peu farouches qu'ils se laissoient prendre à la main, nous en tuâmes quelques-uns, que nous envoyâmes à bord; en suivant ce Ruisseau il nous conduisit insensiblement entre deux Roches fort hautes & fort escarpées, & toutes couvertes de glace depuis le haut jusqu'au bas, nous y sentîmes d'abord avec la derniére surprise un froid extrême, & nous ne pouvions comprendre, comment en sortant d'un air fort doux & presque chaud, celui où nous venions d'entrer pouvoit être si rude, nous marchions pour lors sur une neige fort dure, & nôtre petit Ruisseau étoit entiérement gelé dans cet entre-deux, la montagne qui étoit à nôtre droite recevant sur sa surface glacée toute la lumiére du météore dont j'ai parlé, & la refléchissant sur la Montagne qui lui étoit opposée, elles brilloient toutes deux d'une telle maniére, que nos yeux en furent ébloüis, & que nous avions de la peine à voir ce qui étoit devant nous; si-tôt que nous fûmes sortis d'entre ces Montagnes, nous sentîmes un air doux & tempéré, & le Ruisseau couloit & serpentoit comme de l'autre côté; à deux cens pas de là nous le vîmes se perdre dans la terre, vis à vis d'une Roche qui avoit la figure d'une grosse Tour ronde, la Nature y avoit creusé une espece de Grote, qui avoit trois ouvertures du haut en bas, en forme d'Arcades, & au milieu en dedans on y voyoit un grand Bassin dans lequel nous remarquâmes que le Ruisseau se jettoit par un Canal sous-terrain, il y avoit dans cette Grotte, plusieurs niches, où nous trouvâmes des nids d'oiseaux, & dans quelques-uns des œufs d'un verd fort pâle, trois fois plus gros que nos œufs de Canne, le dessus de cette Roche étoit plat en forme de terrasse, & tout plein d'une herbe fort semblable à notre Pourpier, mais de beaucoup plus grande, les feüilles en étoient extrêmement larges & environ de l'épaisseur du petit doigt, & sa tige étoit si longue que plusieurs pendoient depuis le haut jusques en bas; aprés avoir admiré cet ouvrage de la Nature, nous ne jugeâmes pas à propos de pousser pour lors plus avant, & nous reprîmes la route de nôtre Vaisseau, mais non pas tout à fait par le même chemin, nous tirâmes un peu sur la gauche, & aprés avoir marché quelque peu de temps, nos oreilles furent subitement frapées de mugissemens & hurlemens horribles qui venoient du même côté où nous avions vû ces trois Ours blancs; tout l'air d'alentour en retentissoit d'une telle sorte, que nous jugeâmes qu'il falloit qu'il y eût dans cet endroit-là un très-grand nombre de ces animaux féroces: Nous arrivâmes insensiblement sur un terrain raboteux & pierreux qui nous conduisit vers un amas de grosses Roches fort près les unes des autres; elles avoient des veines rouges, vertes & bleuës à peu près comme le marbre, & comme nous y vîmes à droite & à gauche une espece de Marais, nous fûmes contraints de passer tout au travers; nous y trouvâmes diverses routes qui se croisoient les unes les autres comme dans un labyrinte, de sorte que nous nous y égarâmes quelque temps; mais enfin un des nôtres ayant trouvé l'issuë nous en sortîmes: à peine en étions-nous à quatre pas qu'une monstrueuse bête s'élança contre nous de derriere un petit Rocher; elle étoit de la figure & de la couleur d'un Crapaud, mais infiniment plus grosse; elle avoit sur la tête une grande crête d'un vilain bleu pâle, & dardoit de tems en tems de sa gueule une écume jaune & verte; elle se tourna du côté du Marais, & s'y jettant d'un seul saut, elle y plongea de sorte que nous ne la vîmes plus. Nous ne doutâmes pas que dans ce lieu il n'y en eût plusieurs de la même espece, & que ces bêtes ne fussent trés-venimeuses. Nous continuâmes de marcher avec beaucoup de peine dans ce chemin pierreux, jusqu'à la belle Plaine où nous avons mis pied à terre, & nous vinmes heureusement à bord, où nous cuisimes les oiseaux que nous avions pris: la chair en étoit fort dure, mais d'assez bon goût & approchant de celle de Canard. Nous formâmes le dessein de faire bien-tôt une seconde course & de prendre de ces oiseaux & de toutes les autres especes que nous pourrions trouver, afin d'épargner le reste de notre biscuit & de nos autres provisions qui se pouvoient garder. Nous vîmes alors avec chagrin s'évanouir le beau météore qui commença de paroître quand nous arrivâmes sur cette Côte, & nous eûmes ensuite une petite pluye mêlée de neige & de grosse grêle qui dura plus de quinze heures; nous mesurions alors notre tems avec un sablier que nous trouvâmes heureusement dans le Vaisseau; l'air devint si froid qu'il nous étoit impossible de rester seulement un demi quart d'heure sur le Pont; mais cette pluye ayant cessé, l'air se radoucit tellement, qu'il nous sembloit respirer un air d'Automne comme il est dans les Climats temperez, & un autre Phénomene se montra du côté de l'Ouest qui n'étoit pas à beaucoup prés si brillant que le premier, mais pourtant trés-beau, il formoit un zig-zag irregulier, & ressembloit trés-bien à une constellation. Il avoit dans la partie inferieure une espece de queue qui étoit fort large à l'extrêmité, comme on le peut voir dans la figure B.
Il faut remarquer, que depuis que nous étions à l'ancre, notre vûe avoit toûjours été bornée vers le Sud, c'est à dire, du côté du Pole Antarctique par de gros nuages fort épais, qui furent enfin dissipez par une de ces belles exhalaisons lumineuses si frequentes sous les Poles; de sorte que nous découvrîmes tout d'un coup une Isle qui nous parut floter sur la surface des eaux, & que nous vîmes en effet s'aprocher de nous environ jusqu'à une portée de canon: cette Isle étoit presque ronde, & n'étoit sans doute qu'un assemblage de ces grandes piéces de glace qu'on voit dans les Mers, qui s'étoient liées & congelées ensemble: il y avoit au milieu une grande montagne de glace qui s'élevoit fort haut en figure piramidale, & les piéces qui la formoient étoient par un surprenant artifice disposées de maniere qu'elle paroissoit toute taillée à facettes comme un diamant, avec cette difference, que les facettes étoient proportionnées à sa grandeur. L'Isle étoit toute couverte de neige, & on voyoit sur ses bords de distance en distance comme de petits arbres de glace, qui jettoient des rameaux chargez de floquets de neige qui leur tenoient lieu de feüilles & de fruits; mais sur la montagne il n'y avoit pas la moindre neige, toutes ses glaces étoient claires & transparentes comme le cristal. Nous considerâmes toutes ces choses assez long-temps, & ensuite nous nous allâmes reposer: après que nous eûmes dormi quelques heures, en voulant monter sur le Pont nous fûmes tout épouvantez de voir l'air tout enflammé, mais ayant jetté la vûë du côté de l'Isle, nous connûmes que cette grande illumination procédoit de six météores merveilleux, qui pendoient dans les airs, dans une distance à peu prés égale, tout autour de la Montagne, comme autant de grands & magnifiques lustres: ils étoient tous de la même figure & étoient composez chacun de quatre gros globes de feu; celui d'en-bas étoit le plus gros; le second, le troisiéme & le quatriéme alloient en diminuant comme on le voit dans la figure C.
Tous ces globes lumineux étant multipliez à l'infini dans les facettes de la montagne, la faisoient paroître toute de feu: tous ces grands & surprenans objets faisoient ensemble un effet, dont les yeux étoient ravis & enchantez, & de telle sorte, que frapez d'admiration & d'étonnement, nous restâmes quelques momens immobiles comme des statues. Comme nous étions encore attentifs à les contempler, nous aperçûmes fort haut dans les airs trois grands Oiseaux qui fondirent tout d'un coup vis à vis de nous sur la Côte; leur plumage étoit un mêlange de gris & de brun sur leur tête, ils avoient une grande aigrette de trois plumes blanches comme neige, dont les extrêmitez étoient d'un trés-bel incarnat, & leurs queuës étoient plus longues que tout leur corps, & sembloient un éventail à demi ouvert; ils étoient plus grands & plus gros que des Aigles, & aprés qu'ils eurent bequeté & fouillé l'herbe quelque temps, ils s'envolerent tous trois rapidement vers la montagne de glace, & ayant long-tems voltigé tout autour, ils monterent sur son sommet, & nous ne les vîmes plus. Nous jugeâmes que peut-être ils y avoient leurs nids, c'étoient de trés beaux Oiseaux.
[CHAPITRE IV.]
Du merveilleux Lac dont les eaux sont presque toûjours chaudes, & de ses cinq admirables Cascades. Description de la Vallée des Roses blanches, où l'on voit un Monument très-remarquable, une Fontaine rare & singuliere, & quelques arbustes très-beaux & agréables à la vûe.
Comme nous étions dans un plein repos, nous fûmes réveillez par un Vent impétueux, qui donnoit de telles secousses à notre Vaisseau, que de crainte que notre cable ne se rompît, nous nous levâmes tous au plûtôt; mais nous ne vîmes plus l'Isle flotante, ni les beaux Phénomenes qui étoient tout autour. La Mer étoit fort grosse, & toute pleine de grosses piéces de glaces qui s'amoncelant les unes sur les autres, formoient par-ci & par-là de petites montagnes flotantes; Lorsque le temps fut plus beau, ce qui ne tarda guéres à arriver. Nous résolûmes de faire, comme nous avions projetté, une seconde course dans le Pays; ayant laissé à bord deux ou trois des nôtres, nous prîmes toutes nos armes, & enfilâmes un autre chemin que la premiere fois. Il faut remarquer que cette Côte est fort montagneuse, mais on y trouve quelques petites Plaines & des Valées. D'abord nous marchâmes entre des roches seiches & arides, où il n'y avoit ni herbe ni mousse, & on y trouvoit des précipices affreux, au bas desquels rouloient de gros torrens avec un bruit épouventable; nous étions contraints de passer dans de petits sentiers trés étroits & trés dangereux; mais enfin, nous sortîmes heureusement de cet endroit où nous nous étions insensiblement engagez, & nous montâmes sur une haute montagne d'où nous pouvions jetter la vûe de toutes parts; nous y vîmes l'Eté & l'Hyver tout à la fois, car d'un côté il y avoit des Plaines où tout étoit gelé & couvert de neige, & de l'autre des Valées où regnoit par-tout une riante verdure; l'air y étoit si clair & si lumineux, que sans le secours du Soleil nous y pouvions aisément distinguer les plus petits objets. Nous y descendîmes, & trouvâmes tous ces lieux tapissez d'une herbe courte & menuë; on y voyoit par-ci par-là des plantes qui jettoient de longues feüilles & serrées: nous en arrachâmes quelques-unes, dont la racine étoit ronde & plate, à peu prés grosse comme le poing, & couverte d'une peau noire fort mince; la chair étoit d'un blanc rougeâtre & d'un goût approchant de celui de l'amande. Nous en trouvâmes beaucoup depuis sur la Côte, aux environs de l'endroit où nous avions jetté l'ancre, que nous mangions au lieu de pain; ce lieu nous parut si agréable que nous nous y reposâmes quelque tems, de là nous entrâmes entre deux longues chaînes de montagnes, couvertes de mousse depuis le pied jusqu'au sommet, & d'où distilloit une espece de Gomme odoriférante. Cette double chaîne n'étoit pas droite, & faisoit un grand coude qui nous bornoit entierement la vûe; mais quand nous fûmes au bout nous découvrîmes tout d'un coup un Lac dont l'eau étoit verdâtre & presque chaude; il exhaloit sur toute sa surface une infinité de petites vapeurs noires; nous crûmes & avec raison, que cette chaleur & ces vapeurs procedoient de matieres sulphurées & bitumineuses, qui devoient être dans le fonds; il n'y avoit pas la moindre petite herbe sur ses bords. Aprés les avoir côtoyez quelque tems, nous entendîmes un certain bruit & murmure qui s'augmentoit à mesure que nous avancions, & enfin nous remarquâmes que l'extrêmité du Lac étoit toute bordée de petites Roches, entre lesquelles l'eau s'écoulant dans un bas, causoit le bruit que nous entendions. Nous doublâmes donc le pas, & fûmes bien surpris de voir cinq belles Cascades, dont celle du milieu étoit la plus grande; elle formoit trois grandes nappes d'eau, qui tomboient les unes sur les autres, sur trois degrez en distances à peu prés égales, & l'eau de toutes ces Cascades se réunissant un peu plus bas, tomboit sur un grand Rocher presque plat, & de là se précipitant, s'alloit perdre entre des Rochers qui étoient au dessous. Il faloit de necessité que puis que ce Lac restoit toûjours également plein, quoique ses eaux s'écoulassent incessamment de ce côté-là avec tant d'abondance, il y eût des canaux sous-terrains qui lui en fournissent toûjours de nouvelles. Comme nous raisonnions là dessus, il parut tout d'un coup sur une grande coline qui étoit vis à vis de nous, une grande troupe de gros & puissans Ours blancs comme neige. Nous remarquâmes qu'il y en avoit deux ou trois qui étoient tachetez de noir par tout le corps; un d'entre eux descendit la Coline, & ayant passé un petit Ruisseau qui étoit au bas, il se glissa entre deux rochers. A peine y fut-il, qu'il se mit à faire un certain cri, comme s'il eût appellé les autres, & effectivement ils se mirent tous à le suivre, en se pressant & se précipitant. Nous ne les eûmes pas plûtôt perdus de vûë, que nous vîmes partir du milieu de ces mêmes roches plusieurs Oiseaux, qui furent bien-tôt suivis d'un plus grand nombre, qui prirent tous leur vol vers de hautes montagnes couvertes de neige, qui étoient sur notre droite; ces oiseaux avoient aparemment leurs nids dans les fentes & les crevasses qu'on y voyoit, mais elles étoient dans des lieux si escarpez & si hauts, qu'il étoit impossible d'y parvenir: En nous éloignant de ces cinq admirables Cascades, nous descendîmes avec beaucoup de difficulté par une montagne dont la pente étoit trés roide, dans une Plaine longue & étroite, percée presque par tout de petits trous qui alloient en tournant assez profondement en terre; il falloit qu'il y eût dans ce lieu une infinité d'animaux d'une espece, qui sans doute nous étoit inconnue, mais nous n'en vîmes pas paroître un seul; en marchant entre ces trous, on entendoit un certain son, comme s'il y eût eu dessous des caves ou des voûtes. Etant au bout de cette Plaine, nous entrâmes comme dans un grand Carrefour, où il y avoit cinq routes différentes disposées en étoile. Nous balançâmes quelque temps sur le choix de celle que nous devions prendre. Il y en avoit une entre des montagnes d'une hauteur si prodigieuse, qu'on en étoit presque épouvanté; on y entroit par dessous un large & haut portail, dont la structure n'étoit qu'une grande piéce de Roche, qui s'étant détachée par en haut d'un des côtez, étoit tombée en travers sur l'autre, & y étoit demeurée suspendue peut-être depuis un trés long-tems. Cette route étoit fort sablonneuse, on y enfonçoit jusqu'au dessus de la cheville du pied. Nous en enfilâmes une autre beaucoup plus commode, les montagnes qui la bordoient étoient une Roche presque noire avec de grandes veines blanches & luisantes, à peu prés comme de l'alun; nous y trouvâmes par tout une trés grande quantité d'une espece de Lézards; ils étoient si familiers qu'ils nous passoient à tous momens entre les jambes & sur les pieds: ils avoient la tête parfaitement noire, le corps rougeâtre, & la queuë extraordinairement longue. Plus nous avancions dans ce chemin, & plus il s'élargissoit: il nous conduisit enfin dans une trés belle & trés spacieuse Valée, où nous respirâmes un air de Printems; elle étoit toute couverte d'une plante assez semblable à celle de la violette: on voyoit sur la plûpart, au milieu de la tige, une fleur blanche de la grandeur d'un Ducaton: cette fleur avoit huit feuilles toutes dentelées, les quatre plus grandes dessous, & les quatre plus petites dessus: le milieu étoit garni de petits grains fort rouges: cette fleur ne ressembloit pas mal à une Rose simple, & avoit une odeur fort douce: l'émail de ces fleurs avec le verd de leurs tiges faisoient ensemble un effet charmant dans toute l'étenduë de cette Valée: un petit Ruisseau d'une eau trés claire serpentoit vers le milieu: nous apperçûmes à l'extrêmité d'un enfoncement quelque chose de blanc à travers de grandes herbes; nous en étant aprochez nous y vîmes avec la derniere surprise, un petit Edifice [Note de bas de page: Voyez la figure D.] d'une singuliere structure;