Bossuet écrivait toujours ses sermons. « Les manuscrits de Bossuet, dit l’abbé Vaillant, démontrent un travail pénible, tandis que le texte imprimé ferait croire à une improvisation où l’orateur, oubliant les règles de l’art, ne repousse aucun des termes, aucune des images qu’il croit propres à rendre sa pensée. Il reproduisait des morceaux, les mêmes dans plusieurs sermons ; il les répétait mot à mot ou quelquefois corrigés, tant pour l’idée que pour la forme[94]. »
[94] Études sur les sermons de Bossuet, p. 32, 38. Voir aussi nos deux ouvrages : Le Travail du style et Comment il faut lire les classiques.
Le plus sûr est donc de ne pas se fier à l’inspiration, et, comme Démosthène et Bossuet, d’écrire ses discours. Un jour qu’on lui demandait : « Quel est votre meilleur sermon ? » Massillon répondit : « C’est celui que je sais le mieux. » J’ignore s’il disait vrai ; mais, si le meilleur sermon n’est pas celui qu’on sait le mieux, c’est certainement celui qui est le mieux écrit. L’art de bien parler n’est pas autre chose que l’art de bien écrire, et c’est pour cela que nous avons voulu consacrer un chapitre aux sermons. L’idéal serait le sermon bien écrit et bien appris par cœur.
C’est par l’exercice de la mémoire qu’un orateur acquiert l’autorité de la parole. Les prédicateurs dominicains savent par cœur une série de sermons qu’ils adaptent à leurs différents auditoires. Ce sont des spécialistes de l’éloquence religieuse.
Le débit d’un sermon est une chose très importante, aussi importante que le fond et la forme. Le meilleur discours du monde, s’il est mal dit, ne produit aucun effet.
Un jeune abbé, neveu d’un prédicateur célèbre, étant venu saluer l’archevêque de…, ce prélat lui demanda des nouvelles de son oncle et ce qu’il faisait. « Monseigneur, dit l’abbé, il fait imprimer ses sermons. — Dites-lui de ma part, répliqua le prélat, qu’il fasse aussi imprimer le prédicateur, car les meilleurs sermons sans le prédicateur ne sauraient plaire à personne[95]. »
[95] Vigneul-Marville, t. II, p. 58.
En général, messieurs les ecclésiastiques ne travaillent pas beaucoup leurs sermons. Ils s’en débarrassent comme d’une corvée et ne sont pas difficiles sur les procédés d’exécution. Au dix-septième siècle, un professeur de style nommé Richesource se fit une réputation en enseignant l’art de transposer la prose des grands orateurs et de démarquer leurs expressions et leurs tours de phrases. On dit que Fléchier prenait des leçons chez ce charlatan d’éloquence. Fléchier n’était pas très regardant. D’Alembert dit qu’il n’hésitait pas à prendre dans les vieux sermonnaires toutes les pensées heureuses qu’il y trouvait et dont il ornait ses discours.
Il existe des manuels qui enseignent la manière de faire un sermon, qui donnent des recettes pour bâtir un plan, organiser des divisions et des subdivisions, avec des modèles sur les principaux sujets de morale et de dogme. Le patron n’a pas varié depuis le dix-septième siècle. Un sermon se fait toujours de la même façon dans tous les diocèses de France.
Ce qui n’a pas changé, non plus, c’est le mauvais style de ces discours, ce style d’amplification facile, qui consiste à répéter, les mêmes idées, comme dans ce morceau :