« Les conférences, disait Mme Ancelot en 1860, c’est le monologue installé sur les ruines de la conversation. » Les radoteurs ont remplacé la conversation, en racontant ce que tout le monde sait. « Je ne connais pas ce sujet. Je vais écrire un livre là-dessus », disait un plaisant auteur.
On est stupéfait de songer qu’il y a des jeunes filles qui entendent quelquefois deux conférences par jour ! Dans quelle confusion doivent se débattre ces pauvres cervelles féminines qui croient pouvoir retenir quelque chose ! Si encore on prenait des notes ! Mais qui a le courage de prendre des notes ? Et puis, noter quoi ? L’histoire de France, l’histoire de la littérature ? A quoi bon ? On trouve tout cela dans les livres.
« Il ne faut pas s’imaginer, dit Marcel Prévost, que les conférences vont remplacer l’étude chez les auditeurs. Il ne faut pas même s’imaginer qu’elles peuvent remplacer des cours. Elles sont, sans plus, un studieux plaisir : ce qui est bien quelque chose. Même les parcelles de savoir qu’elles sèment dans telles têtes de linottes empanachées ne sont pas entièrement perdues ; snobisme pour snobisme, j’aime mieux celui d’Armande que le snobisme du bridge ou du tango. Vive la mode du savoir, de l’intelligence, de la culture, ne fût-ce qu’une mode pour quelques-uns et quelques-unes ! Le côté dangereux de la mode conférencière, c’est que, sous ce nom de conférences, on puisse abriter des denrées si diverses — quelques-unes nuisibles. Le choix des sujets n’exclut pas les pires niaiseries : on a conférencié sur la matchiche. Le choix des conférenciers est souvent quelconque, guidé surtout par le désir d’allécher le public en l’étonnant. Beaucoup de conférences sont préparées à la hâte, débitées au petit bonheur par des façons de bègues[121]. »
[121] l’Art d’apprendre, p. 117.
Tout cela n’est que trop vrai ; et que de choses il y aurait encore à dire !
Mais à quoi bon récriminer ? Prenons la conférence pour ce qu’elle est. Bonne ou mauvaise, c’est une œuvre littéraire. Tâchons donc de la bien écrire. Étudiez votre sujet ; efforcez-vous d’être original ; soignez le fond et la forme, et ne vous contentez pas de répéter ce que vos auditeurs peuvent lire dans n’importe quel ouvrage. Il est scandaleux de voir des conférenciers résumer tranquillement l’histoire grecque ou romaine, ou de simples manuels de littérature française.
Les conférences sont ordinairement fort mal écrites. Elles font illusion sur le moment ; en réalité, elles ne supportent pas la lecture.
On doit écrire une conférence comme on écrit un livre, et appliquer à ce genre de discours ce que nous disions des Sermons : « Ce sont les bons écrivains qui font les bons orateurs[122]. »
[122] En blâmant les conférences, je fais une exception, bien entendu, pour les leçons d’enseignement professionnel, conférences agricoles ou autres, qui peuvent être si utiles aux cultivateurs ou aux ouvriers.