Nous allons ainsi passer en revue les meilleurs procédés, capables d’amener sûrement la richesse, et, en premier lieu, nous placerons le travail.

Le travail est la clef du bonheur et de la fortune en ce bas monde. Par lui seul, on peut acquérir une fortune, petite ou grande, qui satisfasse.

Rien n’est plus nuisible que l’oisiveté et la paresse, et qui s’y livre tombe forcément dans la misère.

Encore faut-il, pour tirer un véritable profit de son travail, savoir diriger celui-ci pour en obtenir le plus de fruit possible. Pour cela, il est nécessaire de se rendre esclave de bonnes habitudes. Cet esclavage d’un genre nouveau ne peut point dégénérer en un servage qui rendrait malheureux ; au contraire, rien ne pousse plus instinctivement l’homme à faire quelque chose avec plaisir — ou au moins sans déplaisir — que l’habitude. Qui a l’habitude du travail s’ennuie et souffre dès que le repos lui est imposé, de la même façon que le fumeur trépigne d’impatience et de mauvaise humeur quand on le prive de tabac. C’est à nos enfants surtout que nous devons faire prendre la bonne habitude du travail, et nous y arriverons facilement si nous prêchons par l’exemple.

Quel que soit le métier que nous exercions, levons-nous tôt. A cinq heures, quittons notre lit et procédons énergiquement à notre toilette. Il importe que cette dernière opération soit faite rapidement, afin que l’éveil de nos facultés et du jeu de nos articulations soit complet et que nous sentions d’instinct le besoin de nous mettre en mouvement, Cette façon de passer brusquement de l’état engourdi d’une nuit de sommeil à l’action vibrante, a plusieurs avantages : elle nous préserve de maux de tête, de lourdeurs, et surtout elle nous éloigne de l’atmosphère malsaine d’une chambre à coucher où l’oxygène bienfaisant de l’air s’est raréfié.

Déjeunons ensuite.

A cinq heures et demie, nous serons au travail. Une journée de labeur commence.

Arrêtons-nous un instant et voyons ce qui s’est passé dans un ménage d’ouvriers où ces indications seront suivies.

En une demi-heure, la maison a repris sa physionomie vivante. L’époux et l’épouse sont définitivement habillés ; le léger repas du matin leur a suffisamment garni l’estomac pour qu’ils puissent attendre la collation de neuf heures ; la toilette de l’appartement est faite ; le poêle, qui brûle, est éblouissant de propreté ; déjà la bonne soupe qui ne sera mangée qu’à midi, rejette son écume. Le potage n’en sera que meilleur et plus profitable, parce que le suc de la viande aura été mieux exprimé. Alors un moins gros morceau de bœuf sera suffisant. Première économie. Il faudra un moins grand feu pour amener le bouillon à bonne fin. Deuxième économie. Pendant que le mari est parti à sa besogne, la ménagère a pu raccommoder des vêtements, faire un point à son linge, aérer et approprier la chambre à coucher, comme nous l’avons déjà dit ; et si c’est à la campagne, donner un moment à son jardin, vaquer à ses animaux domestiques : poules, lapins, porcs, etc., qui engraisseront mieux parce qu’ils n’auront pas attendu trop longtemps leur pitance. Et peu après, il lui sera facile de se livrer à un travail rémunérateur qui, si peu qu’il puisse lui rapporter, fournira toujours à la maison un supplément de numéraire qu’elle n’aurait point touché si elle était restée au lit.

Une femme courageuse trouve toujours, même à la campagne, quelque argent à gagner. L’agriculture n’exige sans doute point tous les jours l’aide d’une femme ; alors, dans les cas de chômage, la bonne ménagère doit toujours savoir utiliser son temps avec beaucoup de profit. Elle augmentera le nombre de ses animaux de basse-cour qui, bien soignés, lui rapporteront sûrement quelques bénéfices. L’élevage des poules, des lapins, des canards, etc., offre des ressources qui ne sont pas sans importance quand il est pratiqué avec soin et méthode. Du reste, si faible que soit le gain, il n’est point à dédaigner et il faut se rappeler que les petits ruisseaux font les grandes rivières. Ce n’est point cela qui empêchera l’active ménagère de coudre, de tricoter, de laver, de repasser, toutes choses faciles à exécuter dans les villages où existent assurément assez de familles riches pouvant procurer ces divers travaux.