Vous nous direz que le bénéfice produit par ces occupations est si minime que la plupart des femmes préfèrent consacrer exclusivement leur temps au ménage. C’est un argument plutôt spécieux, car une personne courageuse a, presque chaque jour — à moins qu’elle n’ait des enfants en très bas âge — des loisirs qu’elle occupera avantageusement pour un salaire qui sera le bienvenu dans la maison.

A quoi bien des femmes dépensent ces instants ? A cirer leurs meubles avec trop de minutie ; à apporter un soin trop méticuleux à l’entretien de leurs appartements ; à exercer une médisance déplacée et nuisible avec des amies ou des voisines. Autant est belle une maison simplement propre et soignée, où respirent l’ordre et l’aisance, autant manque de véritable agrément un intérieur d’ouvriers où ces soucis de propreté sont exagérés. On peut insister sur ce mot exagérés car il y a des degrés en tout, et l’excès en cette chose est nuisible en ce sens qu’il devient du luxe, qu’il est la cause d’une dépense de force qui aurait pu être plus utilement employée.

Pour ce qui est du commérage, nous ne pouvons point l’interdire à certaines femmes s’il est un agrément pour elles, mais nous tenons néanmoins à leur dire que nous le considérons comme l’un des plus grands défauts d’une ménagère et qui s’oppose, avec le plus de force, à la réussite dans les affaires et à toute chance de s’enrichir.

Une femme sérieuse ne « voisine » pas. Elle s’occupe de son intérieur et de ses affaires. Peu lui importe ce qui se passe au dehors. Elle préfère ne rien laisser en souffrance dans sa maison. Tout ce qu’elle possède de linge, de vêtements, de vaisselle, etc., est religieusement rangé et dans un bon état de conservation. Une robe n’entre pas dans l’armoire si elle est légèrement mouillée ou crottée ; un vêtement quelconque ne pénètre dans le sanctuaire aux habits que si elle est assurée qu’il n’a aucune déchirure, aucun accroc. Les chaussures ne restent pas éternellement enveloppées dans leur boue, car elle a la précaution, pour les conserver, de les nettoyer sans retard et de laisser lentement au cuir la faculté de reprendre son état normal.

Voilà pour le rôle quotidien de la ménagère campagnarde ; il ne pourra subir que les quelques modifications nécessaires et connues de toutes les ménagères des villes, en rapport et en harmonie avec la profession exercée par le mari.

Le rôle du mari est précisément de travailler et de rapporter à la maison l’argent nécessaire à l’entretien de la famille. Qu’il exerce une profession libérale, comme celle de menuisier, de forgeron, de maçon, etc., ou qu’il soit employé chez autrui, il faut toujours que son salaire excède les dépenses nécessaires ou que ses dépenses soient de beaucoup inférieures à ce salaire.

Si le salaire peut être parfois difficilement augmenté, il n’en est pas de même des dépenses qu’on peut rendre moins élevées par une sage économie.

Il est prudent de ne jamais chercher à s’élever au-dessus de sa condition. Dans tel ménage où il n’entre en moyenne que 4 francs par jour, par exemple, ce serait courir à la ruine et partant à la misère que de s’exposer à vivre sur le train de maison du voisin où le salaire quotidien est de 6 francs. Que toujours la dépense soit en rapport avec le produit des salaires, c’est-à-dire bien au-dessous.

Si peu que l’on gagne, il faut s’efforcer de faire quand même des économies. Ménagères, tenez un compte bien en règle de vos dépenses de chaque jour. Un petit carnet spécial de dix centimes suffira pour cela. Étudiez vos opérations de temps en temps ; voyez ce qu’il vous reste de boni dans un temps donné. Si vous trouvez cet excédent de recettes trop peu important et qu’il ne soit pas possible d’augmenter aucun salaire, vous verrez facilement les choses que vous pourrez rogner. Car il est souvent des superfluités qu’on peut supprimer sans inconvénient.

Le tabac, le café, les liqueurs quelconques rentrent dans la catégorie des articles de consommation courante sans lesquels on peut parfaitement vivre. Ils sont, en effet, absolument inutiles à la santé, ils lui sont nuisibles même. Pourquoi ne les point supprimer d’une façon catégorique ? Quel plaisir peut-on goûter à tirer, d’un tuyau de pipe empoisonnée par la nicotine, une fumée que les lèvres laissent échapper ensuite en un fil qui monte en s’élargissant vers le plafond et emplit un appartement de substances malsaines ? Ce n’est là que la conséquence d’une mauvaise habitude contractée dans la jeunesse et qu’on a laissé s’implanter. Il est probable que bon nombre de fumeurs usent et abusent de la pipe, sans goût sérieux pour la saveur procurée par le tabac. Rompre avec cette vilaine habitude, c’est faire preuve de courage moral, paraît-il. Eh bien ! il faut avoir ce courage et bannir le tabac qui nuit autant à la santé qu’à la bourse.