Prenez-vous le café par goût ou par nécessité ? C’est tout un. Encore une mauvaise habitude. En somme, le café n’est point une boisson agréable, et de plus, il n’a point, comme beaucoup le pensent, la propriété de fortifier. Il est un excitant et trouble les fonctions du cœur ; il donne le coup de fouet qui épuise les forces en quelques instants et jette par conséquent dans un abattement dont on ne se relève qu’en prenant une seconde dose de ce faux élixir de la vigueur. Il est un digestif, on peut le reconnaître. Mais n’existe-t-il point de digestifs moins coûteux ? Mangeons lentement et sobrement ; ne restons point engourdis devant notre table après l’ingestion de notre repas ; marchons, humons l’air, soyons de bonne humeur et nous digérerons bien.

Quant à l’alcool, il doit être impitoyablement chassé de toute maison où l’on professe quelque penchant pour l’ordre, l’économie et la santé. Nos lèvres ne devraient jamais approcher de ce virulent liquide qui brûle nos muqueuses, détruit notre raison, ruine nos maisons. Pensez à ce que coûte en un an un petit verre d’eau-de-vie de dix centimes pris chaque matin : 36 fr. 50. Et pour quel besoin, pour quelle utilité ? Pour le plaisir de sentir glisser dans notre gosier cet amer et cuisant médicament qui met moins d’une seconde à accomplir sa descente dans l’abîme de notre appareil digestif. Allons, rompons net avec lui. Plaignons de tout notre cœur les malheureux adorateurs de la bouteille ; engageons-les vivement à en finir enfin avec une boisson vendue huit fois plus cher que le lait à volume égal et qui fait disparaître, comme par enchantement, une grande partie de leur salaire.

Le fruit d’un travail sérieux et rémunérateur deviendra sans utilité chez celui qui ne saura pas se priver de ces futilités. Faisons un aperçu de la dépense annuelle d’un fumeur ordinaire qui se paie, chaque jour, un verre d’alcool et une tasse de café :

Tabac0 20
Café0 10
Alcool0 10
Total0 40

Ce qui donne pour une année l’énorme dépense de 0,40 × 365 = 146 francs.

Remarquons, en passant, que cette somme, placée à la Caisse d’Epargne, donnerait, à la fin de l’année, en calculant l’intérêt à 3 % 150 fr. 38
que la seconde année, les 146 fr. de nouveau économisés, s’ajouteraient aux 150 fr. 38 ci-dessus indiqués et feraient la rondelette somme de 296 fr. 38
près de 300 francs.

Ce simple aperçu permet de se rendre compte des économies importantes réalisables en 10 et en 20 années, rien qu’en négligeant de faire usage de ces choses absolument inutiles.

Au bout de 10 années, les économies seraient de 1.724 fr. 35

Au bout de 20 années, de 4.040 fr.

C’est-à-dire qu’un ménage agissant dans ces conditions d’économie et de prévoyance, et ayant commencé à l’âge de 20 ans, se trouverait, à l’âge de 40 ans, par ce fait seul, à la tête du joli capital de 4.000 francs.