En calculant encore, nous trouvons qu’au bout de 30 années, les économies réalisées seraient de 7.158 fr.
Au bout de 40 ans 11.343 fr. 66
Au bout de 50 ans 16.972 fr. 88
Ainsi, en prenant l’âge moyen de 60 ans, qui peut donner droit à prendre quelque repos, ce ménage disposerait de l’énorme somme de 11.000 francs (en chiffres ronds), rien que pour avoir eu le courage de se priver de tabac, de café et d’alcool.
Le travail renferme ainsi autre chose que l’action de remplir sa journée pour un rôle quelconque destiné à procurer l’argent nécessaire à l’acquisition des choses indispensables à la vie ; il comprend aussi la préoccupation constante de ne perdre aucune des parcelles du salaire, génératrices du bien-être et de la fortune, et de viser à faire « travailler » l’argent gagné. Une partie sert aux besoins essentiels et actuels de l’existence ; le reste est placé et travaille en vue des besoins futurs que nécessiteront peut-être le chômage, la maladie, la vieillesse. Il forme le petit capital, ruisseau embryonnaire d’abord, susceptible de devenir, après quelques années, rivière débordante, puis fleuve opulent, c’est-à-dire fortune.
Combien de fortunes sont nées de cette façon et n’ont d’autres ancêtres que de vulgaires ouvriers besogneux, économes, soigneux et prévoyants ? Si ceux-ci n’ont pas joui eux-mêmes des revenus considérables que touchent aujourd’hui leurs enfants, n’ont-ils pas eu l’extrême joie de voir leur petit capital, produit des premières économies, s’enfler, se développer et devenir pour eux-mêmes, à l’âge où ils pouvaient encore pleinement en profiter, la source de revenus suffisants pour terminer, dans la quiétude d’une bonne aisance, une existence laborieuse ?
Mais aussi que d’ordre dans la maison et de courage dans les bras ! Avec de semblables travailleurs, rien n’est livré au hasard. Tout est calculé à l’avance.
Il reste toujours à un travailleur quelconque des loisirs dont il peut avantageusement profiter. Tous les travaux de la maison, du jardin, de la propriété occupée par lui enfin, seront son œuvre. Est-il une porte à réparer, un bout de mur à restaurer, quelques tuiles à remplacer ? Il ne tardera point à remettre toutes ces choses en ordre. Sa propriété se conservera ainsi intacte et en bon état sans qu’il lui en coûte beaucoup.
Les chaussures ont-elles de mauvaises semelles ? Il saura prendre un peu de cuir à de vieilles bottines, et muni d’un tranchet et d’un pied de fer, refaire aux chaussures une opération peu coûteuse qui les conservera longtemps encore.
Le travailleur, tel que nous l’avons considéré dans cette étude, est le manouvrier, l’ouvrier d’usine, le petit patron (cordonnier, menuisier, cultivateur) ; il comprend aussi les petits fonctionnaires, les petits employés, toute la catégorie des hommes qui ne jouissent que d’un maigre salaire ou d’un modique traitement.