Puis, on fit courir sur son compte et sur celui de Mme de Condorcet des vers qui furent l’origine des calomnies qui ont été répétées depuis:
Chéri des gens de bien comme le fut Cartouche,
Mais n’ayant ses vertus, car il est lâche et bas,
Rampant avec les grands et haut avec les plats,
De sa femme approuvant les feux illégitimes,
Car, par or ou par place, il se fait bien payer,
Lorsque pour parvenir il la vend au premier,
Enfin, c’est un salmis de vices et de crimes.
Les pamphlets, partis d’abord du monde royaliste, avaient été repris par Marat. Lamartine et Michelet s’en firent l’écho; M. A. G. de Cassagnac, dans son Histoire des Girondins, les aggrava encore: «Mme de Condorcet, dit-il, n’aimait pas son mari qui n’avait pas de passion pour elle; mais il y avait des degrés entre cette situation domestique et des efforts tentés en commun pour que la jeune mariée devînt la favorite du vieux roi (Louis XV). Les contemporains racontent cette odieuse aventure avec des détails si précis qu’il serait bien difficile de les rejeter entièrement.» Qu’il nous suffise de faire remarquer que Mme de Condorcet avait à peine dix ans à la mort de Louis XV!
Honte à ceux qui inventent de pareilles atrocités! leur conduite toutefois trouve sinon une excuse, du moins une explication dans les passions terribles de l’époque où ils vécurent. Mais, que penser de ceux qui vont rallumer des cendres éteintes et, sans critique historique, répéter de semblables absurdités?