Quoi qu’il en soit de ces attaques, Condorcet fut élu par les Parisiens et, le 1er octobre 1791, il entrait comme député à l’Assemblée législative. Un rôle important l’y attendait: c’est ainsi qu’il rédigea la déclaration du 29 décembre 1791 adressée aux gouvernements qui menaçaient la France; ainsi que le 20 avril 1792, jour de la déclaration de guerre à l’Autriche, il déposa sur le bureau de l’Assemblée ce célèbre rapport sur l’instruction publique qui restera son principal titre de gloire politique[114].

Mme de Condorcet continuait à l’aider et à le soutenir; dans une fête qu’elle donna rue de Lille, entre le 20 juin et le 10 août, elle reçut quatre cents Marseillais, dont elle fit si bien la conquête qu’elle aurait pu, si sa parole avait été écoutée dans les conseils de la Gironde, sauver, par eux, la Patrie et la Liberté.

On sait la place occupée par Condorcet dans les événements qui suivirent le 10 août; sa recommandation en faveur de Danton qu’il réussit à faire nommer ministre; son Exposé tendant à la convocation d’une Convention nationale et à la suspension de la dignité royale.

Il était devenu populaire et cinq départements l’envoyèrent à la Convention[115], qui, au bruit du canon victorieux de Valmy, allait proclamer cette République que depuis longtemps il rêvait de donner à son pays.

Comme s’il eût éprouvé le besoin de se reposer et de marquer une étape dans sa vie, ce fut le moment que Condorcet choisit pour aller s’établir définitivement, avec sa femme et sa fille, dans ce joli village d’Auteuil où il avait goûté jusqu’alors tant d’instants délicieux.

Déjà le 5 août, il y avait assisté avec Mme de Condorcet, à l’inauguration de la nouvelle maison commune; tous deux avaient suivi ce cortège de jeunes filles, escortées des gardes nationales voisines, qui étaient venues couronner les bustes de Voltaire et de Rousseau et quand on arriva à celui d’Helvétius, quand la musique joua l’air

Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille?

M. et Mme de Condorcet furent de ceux, parents et amis du philosophe, qui, après avoir orné de fleurs la statue, s’embrassèrent devant la foule émue.

Le 10 août, ils étaient encore chez Mme Helvétius.

«On sonne le tocsin, dit Condorcet dans son Fragment de justification, j’étais à Auteuil. Je me rendis à Paris. J’arrivai à l’Assemblée quelques moments avant le roi. Je la trouvai plus inquiète qu’effrayée, courageuse mais sans dignité. Je n’étais point dans la confidence et seulement un peu après la canonnade un de mes amis vint me dire que l’Assemblée serait respectée.»