La rue Servandoni n’a pris ce nom qu’en 1807; jusque-là, elle s’appelait rue des Fossoyeurs. C’est donc pour être très précis, au no 21 de la rue des Fossoyeurs que Condorcet habita.
[138] Mme O’Connor, dans une courte notice sur Mme Vernet, dit qu’elle avait dû être très jolie. «Jamais on ne sut son âge, mais, à son décès, en mars 1832, elle avait plus de quatre-vingts ans.» En manuscrit à la bibliothèque de l’Institut.—Voici comment les papiers de Condorcet se trouvent dans ce riche dépôt; ils furent d’abord conservés par Mme de Condorcet, puis transmis par elle à sa fille, Mme O’Connor, qui les donna à François Arago, au moment où l’illustre astronome se chargea d’écrire l’éloge de Condorcet et de donner une édition de ses œuvres. Mme Laugier, nièce de François Arago, remit à son tour ces papiers à M. Ludovic Lalanne, bibliothécaire de l’Institut, avec mission de les offrir à la bibliothèque qu’il dirige avec tant de science et d’amabilité.
[139] Parfois les anciens serviteurs de Condorcet purent aussi pénétrer auprès de lui et lui apporter, avec des nouvelles des siens, leurs soins dévoués et affectueux.
[140] Sur le manuscrit autographe de la Justification, Sophie a écrit: «Quitté à ma prière pour écrire l’Esquisse des progrès de l’esprit humain.» Condorcet fit plusieurs fois passer, sous le voile de l’anonyme, des mémoires patriotiques au comité de Salut public. A propos du livre de Condorcet, imprimé en l’an VII, et intitulé: Moyen d’apprendre à compter sûrement et avec facilité, il y eut un regrettable débat entre Mme de Condorcet et J.-B. Sarret qui avait publié, à la même époque, une arithmétique élémentaire. Celui-ci fut injustement accusé de s’être approprié le manuscrit de Condorcet pour le publier sous son nom. Un verdict de l’Institut, choisi comme arbitre, innocenta complètement Sarret de tout soupçon de plagiat. Celui-ci ne conserva de cette affaire aucun mauvais souvenir puisqu’il donna, à quelque temps de là, une notice très bienveillante sur Condorcet. Pendant les huit mois de la captivité du philosophe, Sarret n’avait cessé, disait-il, d’admirer sa douceur, sa patience, le calme de son âme, sa résignation à un sort immérité, «je pourrais dire son indifférence pour lui-même, car les objets de ses plus vives sollicitudes étaient la République, sa femme, son enfant et ses amis.»
[141] Fragment (mars 1794) qui était resté entre les mains de Mme Vernet.
[142] Testament (mars 1794).
[143] Cet ouvrage est, malheureusement, non seulement inédit, mais très probablement perdu pour toujours. Malgré toutes mes recherches dans les papiers de famille, je n’ai rien pu trouver à ce sujet. Quant aux Mémoires de Condorcet, en 2 vol. in-8o parus en 1824, ai-je besoin de dire qu’ils sont absolument apocryphes et, par conséquent, indignes de toute confiance.
[144] Sarret ne voulut quitter le philosophe qu’à la porte de Suard, à Fontenay-aux-Roses. Suard reçut Condorcet en lui disant de revenir le soir par une porte dérobée: il lui prêta un volume d’Horace et consentit à recevoir le portrait d’Elisa que Condorcet avait sur lui et qu’il voulait faire parvenir par cette voie à Mme de Condorcet. Le soir, à l’heure convenue, la porte était fermée. Voilà comment Suard reconnaissait l’hospitalité qu’il avait reçue autrefois à la Monnaie, où Condorcet l’avait logé avant son mariage! On a cherché à laver la mémoire de Suard de ce forfait. Je crois qu’on l’a fait inutilement. Ce n’était un mystère pour personne qu’avant le mariage de Mme Suard, Condorcet en avait été éperdument épris; Suard le savait et ne le pardonna jamais à Condorcet. De plus, tous ceux qui ont connu Mme O’Connor savent à quel point elle était persuadée de ce crime. On ne pouvait pas, me dit un de ses vieux amis, prononcer le nom de Suard devant elle. Mme Vernet, écrivant vers 1825, à Mme O’Connor, disait: «Ce monstre de Suard.» (Bibliothèque de l’Institut.)
La même Mme Vernet, dans des vers adressés à la mémoire de Condorcet, s’exprimait ainsi:
Toi qui vivais tant pour Sophie,