Les oxides & acides animaux & végétaux peuvent, d'après ces observations, différer entr'eux, 1o. par le nombre des principes acidifians qui constituent leur base; 2o. par la différente proportion de ces principes; 3o. par le différent degré d'oxygénation; ce qui suffit & au-delà pour expliquer le grand nombre de variétés que nous présente la nature. Il n'est pas étonnant, d'après cela, qu'on puisse convertir presque tous les acides végétaux les uns dans les autres; il ne s'agit, pour y parvenir, que de changer la proportion du carbone & de l'hydrogène, ou de les oxygéner plus ou moins. C'est ce qu'a fait M. Crell dans des expériences très-ingénieuses, qui ont été confirmées & étendues depuis par M. Hassenfratz. Il en résulte que le carbone & l'hydrogène donnent par un premier degré d'oxygénation de l'acide tartareux, par un second de l'acide oxalique, par un troisième de l'acide acéteux ou acétique. Il paroîtroit seulement que le carbone entre dans une proportion un peu moindre dans la combinaison des acides acéteux & acétique. L'acide citrique & l'acide malique diffèrent très-peu des précédens.
Doit-on conclure de ces réflexions, que les huiles soient la base, qu'elles soient le radical des acides végétaux & animaux? J'ai déjà exposé mes doutes à cet égard. Premièrement, quoique les huiles paroissent n'être uniquement composées que d'hydrogène & de carbone, nous ne savons pas si la proportion qu'elles en contiennent est précisément celle nécessaire pour constituer les radicaux des acides. Secondement, puisque les acides végétaux & animaux ne sont pas seulement composés d'hydrogène, & de carbone, mais que l'oxygène entre également dans leur combinaison, il n'y a pas de raison de conclure qu'ils contiennent plutôt de l'huile que de l'acide carbonique & de l'eau. Ils contiennent bien, il est vrai, les matériaux propres à chacune de ces combinaisons; mais ces combinaisons ne sont point réalisées à la température habituelle dont nous jouissons, & les trois principes sont dans un état d'équilibre, qu'un degré de chaleur un peu supérieur à celui de l'eau bouillante suffit pour troubler. On peut consulter ce que j'ai dit à cet égard, page 132 & suivantes de cet Ouvrage.
Tableau des combinaisons binaires de l'Azote avec les substances simples.
| Substances simples. | Résultat des combinaisons. | |||||
![]() | ||||||
| Nomenclature nouvelle. | Nomenclature anc. | |||||
| Combinaisons de l'azote avec: | ![]() | Le calorique. | Le gaz azote. | Air phlogistiqué, mofète. | ||
| L'hydrogène. | L'ammoniaque. | Alkali volatil. | ||||
| L'oxigène. | ![]() | Oxide nitreux. | Base du gaz nitreux. | |||
| Acide nitreux. | Acide nitreux fumant. | |||||
| Acide nitrique. | Acide nitreux blanc. | |||||
| Le Carbone. | ![]() | Azoture de carbone. Combinaison inconnue. On sait seulement que le carbone est susceptible de se dissoudre dans l'azote, & il en résulte un gaz azotique carboné. | ![]() | Inconnue. | ||
| Le phosphore. | ![]() | Azoture de phosphore. Combinaison inconnue. | ![]() | Inconnue. | ||
| Le soufre. | ![]() | Azoture de soufre. Combinaison inconnue. On sait seulement que le soufre est susceptible de se dissoudre dans le gaz azotique, & il en résulte un gaz azotique sulfuré. | ![]() | Inconnue. | ||
| Les radicaux composés. | ![]() | L'azote se combine avec le carbone & l'hydrogène, & quelquefois avec le phosphore, pour former des radicaux composés, qui sont susceptibles, comme on l'a vu plus haut, de s'oxider & de s'acidifier. Ce principe entre généralement dans tous les radicaux du règne animal. | ![]() | Inconnues. | ||
| Les substances métalliques. | ![]() | Ces combinaisons sont absolument inconnues. Si elles sont découvertes un jour, on les nommera azotures métalliques. | ![]() | Inconnues. | ||
| La chaux. | ![]() | Toutes ces combinaisons sont entièrement inconnues. Si un jour elles sont reconnues possibles, elles seront nommées azotures de chaux, azotures magnésiènes, &c. | ||||
| La magnésie. | ||||||
| La baryte. | ||||||
| L'alumine. | ||||||
| La potasse. | ||||||
| La soude. | ||||||
OBSERVATIONS
Sur l'Azote & sur ses combinaisons avec les substances simples.
L'Azote est un des principes les plus abondamment répandus dans la nature. Combiné avec le calorique, il forme le gaz azote ou la mofète, qui entre environ pour les deux tiers dans le poids de l'air de l'atmosphère. Il demeure constamment dans l'état de gaz au degré de pression & de température dans lequel nous vivons; aucun degré de compression ni de froid n'ont encore pu le réduire à l'état liquide ou solide.
Ce principe est aussi un des élémens qui constitue essentiellement les matières animales: il y est combiné avec le carbone & l'hydrogène, quelquefois avec le phosphore, & le tout est lié par une certaine portion d'oxygène qui les met ou à l'état d'oxide, ou à celui d'acide, suivant le degré d'oxygénation. La nature des matières animales peut donc varier comme celles des matières végétales, de trois manières, 1o. par le nombre des substances qui entrent dans la combinaison du radical, 2o. par leur proportion, 3o. par le degré d'oxygénation.
L'azote combiné avec l'oxygène forme les oxides & acides nitreux & nitrique; combiné avec l'hydrogène, il forme l'ammoniaque: ses autres combinaisons avec les substances simples sont peu connues. Nous leur donnerons le nom d'azotures, pour conserver l'identité de terminaison en ure que nous avons affectée à toutes les substances non-oxygénées. Il est assez probable que toutes les substances alkalines appartiennent à ce genre de combinaisons.
Il y a plusieurs manières d'obtenir le gaz azote: la première, de le tirer de l'air commun en absorbant par le sulfure de potasse ou de chaux dissous dans l'eau, le gaz oxygène qu'il contient. Il faut douze ou quinze jours pour que l'absorption soit complette; en supposant même qu'on agite & qu'on renouvelle les surfaces, & qu'on rompe la pellicule qui s'y forme.










