« Ia ora na ! » On traduit communément cette formule par : « Salut à vous ! » Littéralement, Ia ora na veut dire : « Que tu vives là en bonne santé ! » Un autre trait. Dans un combat suivant, un aspirant était parvenu le sabre aux dents, les pistolets au poing, à tourner la redoute tahitienne. Il tombe frappé d’une balle au front. Le guerrier prend sa dernière natte, en fait un linceul, et ensevelit l’aspirant à côté de son enfant, non sans lui donner une pensée de pieux regret.

On remarqua au cours de la guerre que les Tahitiens frappaient de préférence à la tête. La raison en est qu’à leurs yeux la tête est sacrée ; que, pour abattre un ennemi, il faut l’atteindre dans ce qu’il a de plus noble. Aujourd’hui encore, l’indigène n’aime pas qu’on lui touche la tête. C’est l’offenser que de se permettre une familiarité de cette sorte. Il lui semble qu’on l’abaisse, qu’on le plonge dans les ténèbres, si par malheur on lui passe la main dans les cheveux.

Le courage militaire aime la poésie. La guerre a inspiré plus d’un « barde » tahitien. Voici un chant, une rapsodie plutôt, qui se disait sur un ton de mélopée et qui est loin d’être sans beauté :

Le Guerrier blessé.

Le guerrier blessé est étendu sur la plage de Faaa, près de Papeete.

Il attend la mort et il chante :

« Vent de Hauïti qui souffles de la montagne, tu m’as souvent caressé dans d’autres moments alors que j’étais joyeux et plein de force ; aujourd’hui je goûte ta douceur qui accroît ma tristesse.

» Vent de Hauïti, pourquoi n’as-tu pas des bras pour me soutenir et me porter où tu avais l’habitude de me voir ? Tu ne me trouveras plus peut-être au milieu des miens.

» Vent de Hauïti, remplace-moi quand je ne serai plus là ; souffle doucement et sèche les larmes de mes parents désolés.

» Et toi, montagne qui m’as connu dans mon enfance, qui m’as vu grandir, tu sais aussi que j’étais un homme de la montagne, car je t’ai défendue avec courage.