» Petite rivière où je me suis si souvent assis et rafraîchi, après mes courses dans la montagne, tu as été douce et bonne pour moi. Je me sens mourir et je pense que je ne te verrai plus…

» Ia ora na ! »

Je livre ce morceau aux critiques littéraires qui ont pour habitude d’analyser la poésie, les pauvres ! N’est-il pas vrai qu’il y a là quelque chose de primitif, d’antique, de grand, et j’ajoute, pour parler la langue du jour, quelque chose de vécu ?

Il ne faudrait pas croire que le Tahitien, citoyen français comme vous et moi mais non soumis aux obligations de la loi militaire, ait perdu toute vertu guerrière ! En dépit d’une déchéance dont il n’est pas tout à fait l’auteur responsable, l’indigène serait encore un bon soldat ; on en a fait l’épreuve quand il s’est agi d’aller réprimer les velléités insurrectionnelles des Marquises. Les volontaires se présentèrent en foule à Papeete, on les arma, mais ils n’eurent pas un coup de fusil à tirer et s’en affligèrent. Aujourd’hui, si un péril de guerre se montrait, on les verrait accourir pour défendre la France, leur patrie.

La poésie non plus n’est pas morte. Voici une petite pièce composée par mon ami Poroï, membre du conseil privé de la Colonie, un personnage, s’il vous plaît !

TE MIHI FENUA !
(Le Regret du Pays natal.)

Aue atura te aroha

Oh ! l’amour

Ite fenua ote Aia

Pour le pays de son héritage !