Ces quatre discours échangés, on va se coucher après avoir tout préparé pour le repas du lendemain, tué les cochons et les poulets, et surtout après avoir pris soin de séparer les cadeaux qui sont apportés au marié de ceux qui sont apportés à la mariée.

Il faut se garder de n’omettre personne dans les invitations. Si un parent est oublié, il vient demander des explications. Est-ce un malentendu ? Est-ce une offense ? Est-on fâché ? Dans ce dernier cas, après quelques paroles on se réconcilie. Généralement les noces sont l’occasion de ces réconciliations.

Le matin, les choses se passent comme à Pontoise ! Le cortège des époux et des parents se rend à la chefferie où le mariage civil est célébré, puis au temple où le pasteur procède au mariage religieux. Il y a quelques années, on étendait sur les mariés une sorte de poële, une grande natte ; mais cet usage est aujourd’hui abandonné.

Dès que le cortège a regagné la maison où doit se faire le repas, les parents reviennent avec les cadeaux de la veille. Cette fois tout est cuit et c’est un défilé à réjouir la panse de Gargantua que celui de ces monceaux de victuailles appétissantes.

Nouveaux discours. L’orateur s’adresse à la mariée : « Nous voici au terme de cette belle cérémonie. En unissant nos enfants, nous avons uni nos deux familles. Nous vous offrons ce que nous avons. Prenez et vivez. Le feï de ces vallées est à vous ; le poisson de ces rivières est à vous. Le mariage de nos deux enfants nous donne l’espérance que bientôt à leur tour ils auront des enfants. Donnons maintenant des noms à chaque époux. »

C’est la coutume à Tahiti de donner ou de recevoir un nom nouveau à chaque événement important de la vie, une coutume qui nuit quelque peu à la bonne tenue des registres de l’état civil : une naissance, un baptême, un mariage, un deuil sont des occasions pour s’offrir mutuellement des pseudonymes variés. C’est ainsi que le fils de Poroï s’est entendu appeler Teriitanaroa par les parents de son père et Tetirimatai par ceux de sa femme. Poroï a déjà pour sa part six noms. Chacun des parrains ne connaît son filleul que par le nom dont il l’a gratifié. Tetirimatai signifie : « Jeté çà et là par le vent. » Quant à Teriitanaroa, c’est un peu plus difficile à expliquer. Teriitanaroa est le nom d’un ancien héros de Moorea. Ce héros eut pour père Manea, et pour mère Tetuanuanua. Il naquit pendant le mois de Tematanaroa d’où la finale de son nom « tanaroa ». La partie initiale « terii » est une abréviation de « Tearii », le roi. Tematanaroa était le mois de la disette pendant lequel on attendait, non sans souffrance, le temps de la récolte. Alors, pour supporter moins péniblement les douleurs de la faim, on se serrait le ventre avec une ceinture appelée : « tanaroa ». Se serrer le ventre n’est donc pas seulement une image à Tahiti.

Les noms donnés, les parents se jettent sur les vivres entassés. Du côté de la famille de la mariée on s’empare de ce que la famille du marié a donné, et vice versa. C’est un échange de bons procédés et à qui en prendra le plus.

Le repas est pris par terre, les convives placés sur deux rangées le long de la cloison de bambous, une famille à droite et l’autre à gauche. A une extrémité, les mariés sont seuls, servis par les plus proches parents. Puis viennent de nouveaux discours et les chants de circonstance.

La muse libertine du poëte tahitien est incohérente. Elle associe des invocations à la patrie et les pensées religieuses aux images les plus licencieuses. Un chant commence ainsi :

Ne remarquez pas les défauts de mon corps…