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Poroï est intervenu pour mettre un terme à ces chansons, et les époux se sont dérobés. A eux deux ils avaient bien trente ans. Ils formaient un joli couple d’adolescents dont la vue évoquait le souvenir charmant de Daphnis et de Chloé, innocents et amoureux, dans la grâce de leur juvénilité, si beaux et si chastes dans le naïf abandon de leurs premières étreintes.

La famille n’est pas encore constituée à Tahiti en dépit de l’état civil et de ses registres plus ou moins mal tenus. L’indigène ne comprend pas grand’chose à nos conventions sociales à en juger par le dialogue qu’on va lire.

Je pénètre dans une case en bambou où il n’y a pas moins de trois ou quatre lits ou nattes, autant de malles, des instruments de pêche, quelques écuelles de bois. J’interroge le maître du lieu.

— « Es-tu marié ? »

— « Oui ! »

Je désigne une vahiné qui tient dans ses bras un enfant.

— « C’est ta femme ? »

— « C’est la femme avec laquelle je dors ! »

— « Tu n’es donc pas marié ? »