Ceux de la quatrième classe se traçaient un cercle noir autour des poignets.

Les arioi de la cinquième classe n’étaient pas tatoués en noir.

Ceux de la sixième étaient tatoués des reins jusqu’au cou.

Les arioi de la septième classe n’étaient pas tatoués du tout, non plus que ceux de la huitième. Ces derniers ne suivaient pas les Jambes noires. Ils s’asseyaient par terre comme des paresseux…

A la danse, ceux qui se frappaient l’aisselle avec la main portaient ou la ceinture rouge ou une ceinture de filaments de l’igname des montagnes (patara) ou une ceinture de feuilles de ti (dracena terminalis). Quand le jour de la grande fête arrivait, ils jetaient de côté leurs ceintures afin d’être plus libres de leurs mouvements et de pouvoir mieux provoquer leurs adversaires à la lutte.

Les Jambes noires étaient tous de beaux hommes d’une haute stature et bien proportionnés. C’est eux qui faisaient ces récits interminables où figurent les noms symboliques des pays, des montagnes, des lieux où s’assemblait le peuple, des terres et des ruisseaux. Avant le lever du soleil, ils préparaient leurs fours qu’ils recouvraient de feuilles ; puis ils allaient se baigner, s’enduisaient le corps tout entier d’une huile parfumée et manipulaient la teinture rouge dont ils ornaient leur visage. Ils vivaient séparés des autres hommes et voyageaient toujours sans porter de fardeaux. Certains arioi surveillaient les autres. Ils faisaient le tour des assemblées, ne pénétraient jamais au milieu, et s’assuraient si les rites étaient fidèlement observés. Au bout d’un certain temps, ces arioi étaient placés au premier rang mais ils ne se noircissaient pas les jambes.

Une classe à part était celle des arioi qui laissaient la vie à leurs enfants, violant ainsi l’une des règles essentielles de la caste. Ces arioi cessaient de vivre avec les « Jambes noires » et de recevoir des étoffes et des vivres. Ils n’avaient plus accès dans le sanctuaire, ils étaient dégradés et la ceinture rouge leur était ôtée ainsi que le cochon sacré qui était la marque de leur affiliation. Ils ne s’asseyaient plus sur des sièges élevés et ne parlaient plus en public. Quand on signifiait à un arioi sa déchéance, il commençait à se lamenter, s’éloignait en pleurant, enlevait la teinture rouge de son visage et l’huile de son corps, et il allait vivre auprès des anciens arioi qui, comme lui, avaient été chassés de la confrérie parce qu’ils avaient refusé de tuer leurs enfants.

L’arioi pouvait avoir plusieurs femmes, mais il ne devait laisser vivre aucun de ses enfants.

D’autres arioi habitaient en temps ordinaire dans le district et cultivaient leurs terres. Ils élevaient des cochons et construisaient des pirogues ou faisaient de très jolis chapeaux de paille. Quand ils voyaient leur case remplie d’étoffes et d’huile de coco, ils la quittaient et se mettaient à voyager.

De ce qui précède il semble résulter que les arioi constituaient une corporation aristocratique et guerrière, investie de privilèges dont elle n’était pas tout à fait indigne puisque le travail était en honneur parmi ses membres, accomplissant à certains jours donnés des rites où les discours, les chants et les danses tenaient une grande place, et jalouse comme toutes les corporations de ses prérogatives et de ses traditions.