Quoi qu’il en soit de l’avenir réservé aux États-Unis d’Océanie, on saisit bien sur le fait la concurrence politique et commerciale des Anglais, des Américains et des Allemands. Les îles Fidji, colonie de la couronne, sont une carte de plus dans le jeu britannique. Par contre, les missionnaires catholiques disséminés dans les archipels y servent l’influence française mais sans rien faire, hélas ! qui puisse ouvertement contribuer au développement de notre commerce. La question reste donc posée entre les États-Unis, l’Angleterre et l’Allemagne…

Considérons pourtant la carte. La Nouvelle-Calédonie, les îles Wallis, l’archipel de Cook, les îles de la Société, les Marquises, les Tuamotu, les Gambier, Tubuai, Raivavae et Rapa, ne pourraient-ils pas constituer à l’avenir une seule et même colonie, l’Océanie française, dont les intérêts se confondraient sans se contrarier ? Et le premier élément du problème du service postal n’est-il pas la constitution de cette fédération, de ces États-Unis français de l’Océanie ! Une subvention de deux cent mille francs suffirait pour relier Tahiti à Nouméa. La Nouvelle-Calédonie donnerait cinquante mille francs, Tahiti autant, et la Métropole ferait le reste. Puis viendrait le jour attendu où, le canal de Panama creusé, une ligne plus directe relierait les deux colonies à la Mère-Patrie. Cette éventualité est prévue dans le nouveau cahier des charges de la Compagnie des Messageries maritimes. On y voit, en effet, figurer une clause aux termes de laquelle cette compagnie est tenue de subir la concurrence de toute ligne que le gouvernement français viendrait à créer sur l’Australie ou la Nouvelle-Calédonie par une autre voie que celle de Suez. Comme il ne peut s’agir du cap Horn ou du cap de Bonne-Espérance, il faut voir là un jalon posé pour la ligne de Saint-Nazaire, Panama, Tahiti, Nouméa, Sidney.

L’idée de grouper sous une autorité unique et fédérale en quelque sorte toutes les possessions françaises en Océanie ne m’appartient pas en propre. Je suis bien tenté d’y souscrire, pour ma part. Il me semble que tout le monde y gagnerait, Tahiti qui ne serait plus négligé, la Calédonie dont les produits auraient des débouchés, la France qui verrait son prestige colonial s’accroître de la constitution d’un domaine plus étendu et plus dense. Qui sait ? On pourrait peut-être réaliser quelques économies par ce moyen.

L’essentiel, on ne saurait trop y insister, est de mettre Tahiti en communication régulière et rapide avec la France.

Voici une note où l’état de la question est exposé avec une clarté relative :

LE SERVICE POSTAL FRANÇAIS EN OCÉANIE

On reconnaît de tous les côtés qu’il importe au développement agricole et commercial des Établissements français de l’Océanie orientale d’assurer d’une façon normale et régulière leurs communications postales avec la métropole. Le Département de la Marine et des Colonies n’a cessé de se préoccuper de cette question dans la persuasion où l’on est que, du jour où elle sera en relations relativement directes et rapides avec la France, la situation économique si précaire de la colonie en sera sensiblement modifiée.

Les voies actuelles.

Actuellement on se rend à Tahiti par deux voies.

1o En passant par l’Amérique. (Quarante-cinq jours).