On voit que je supprime les trois repas de morue, & deux de viande salée.
L'acquisition de ces denrées ne sera ni difficile, ni dispendieuse; leur plus grande consommation en augmentera la culture dans le Royaume, & rendra plus florissante cette branche du commerce intérieur: les assaisonnemens sont tellement combinés avec les alimens, qu'en flattant le goût, ils concourent au même but, & l'atteignent, par leur association, d'une manière tout-à-la-fois plus sûre & plus agréable, que par l'usage qu'on en feroit séparément. On ne peut douter que la Marine marchande ne saisisse avec empressement une pratique qui réunira les trois objets les plus importans pour la Navigation; une économie dans la dépense de leurs approvisionnemens, la facilité d'en prévenir l'altération, la conservation des forces, de la santé & de la vie des Matelots; & comme la Marine marchande est l'école où ils se forment pour la Marine royale, ils passeront dans les vaisseaux du Roi tout accoutumés à un régime dont ils auront éprouvé les plus heureux effets.
OBSERVATIONS
SUR LE MÉMOIRE
De M. Poissonnier Desperrières,
Par M. le Chevalier de la Coudraye, Enseigne de Vaisseau.
Tout le monde paroît convenir que rien n'influe plus puissamment & plus promptement sur le tempérament & la santé, que la qualité des vivres dont on se nourrit: mais plus cette vérité a de force, plus il importe d'examiner scrupuleusement toute nouveauté à cet égard, sur-tout dans les vaisseaux où les vivres toujours les mêmes ne donnent point de relâche à leur influence, & où l'on ne pourroit souvent, de plusieurs mois, corriger leur défectuosité, soit en les mêlangeant, soit en les changeant tout-à-fait.
C'est cette réflexion qui me détermine à faire part à l'Académie de quelques observations sur une nouvelle nourriture proposée par M. Poissonnier Desperrières, pour les équipages des vaisseaux; nourriture éprouvée en 1770 par M. Herlin, Chirurgien-Major de la Marine, sur les malades seulement, dans la flûte l'Écluse, commandée par M. Gasquet, Officier de port, & enfin ordonnée en 1771 à tout l'équipage sur la frégate la Belle-Poule, commandée par M. Doives, Capitaine de frégate, sous les yeux de M. Metier, aussi Chirurgien de la Marine, & ami de M. Herlin.
J'étois embarqué sur la Belle-Poule, & je me fais d'autant plus de plaisir de parler de ce qui s'est passé à cet égard, que j'ai suivi cette épreuve avec quelque attention, & qu'elle s'est faite de la part des Matelots d'un bout à l'autre de la campagne, avec dégoût, à la vérité, & desir de n'y être plus soumis, mais sans murmure & sans humeur.
État des Vivres ordonnés par ordre de la Cour, pour la nourriture de l'équipage de la frégate la Belle-Poule.
Dimanche & Jeudi à dîner. Trois onces de lard cuit avec quatre onces de riz par chaque homme. Lundi & Vendredi à dîner. Cinq onces de riz pour chaque homme, assaisonné avec une demi-once de sucre & un peu de gingembre. Mardi, Mercredi & Samedi à dîner. Six onces de lentilles, ou de féves blanches, ou de pois alternativement assaisonnés avec du sel, une demi-once d'huile pour chaque homme, & des oignons confits au vinaigre.
Les soupers seront composés comme à l'ordinaire, avec cette différence, qu'au lieu d'huile d'olive, on donnera, pour assaisonner la soupe, une once d'oseille préparée au beurre.
Dans le cas où l'on ne pourra pas donner la soupe à l'équipage, on y substituera la ration de bon fromage, ou deux onces de miel.