[ [4] Je dis cent vingt-trois maladies, sur cent dix malades, parce que, dans le nombre, sept l'ont été deux fois, & trois, trois fois.
[ [5] La preuve de cette assertion se tire de la propre note fournie par M. de la Coudraye; note que nous pourrions croire forcée, au moins quant au nombre des malades, vu qu'elle est en contradiction avec le journal du Chirurgien, qui dit n'avoir eu que cent trois malades à traiter.
Au reste, M. Dorves, Capitaine de la Belle-Poule, n'a pas adopté les idées de son Enseigne. Voici ce qu'il dit touchant le régime végétal. »Je pense que la conservation des hommes s'y trouvera, ainsi que leur bien-être. Je ne m'en rapporte pas ici à tout ce que l'on dit à ce sujet: j'ai eu des malades, il est vrai, mais je n'ai eu aucune maladie, & tous mes gens qui ont été à la viande fraîche, ont été malades, & même plus que les autres. On ne sauroit donc mieux faire, que de retrancher le bœuf, la morue & la sardine, qui sont certainement la nourriture la plus mauvaise pour les Marins«. D'après un pareil témoignage, M. de la Coudraye sera-t-il admis à charger le régime végétal de toutes les maladies qui ont régné parmi l'équipage de la Belle-Poule?
Si la droiture de M. de la Coudraye étoit moins connue, ne pourroit-on pas le soupçonner de n'avoir eu d'autres vues, que de justifier la répugnance des Matelots pour le régime végétal? Ne pourroit-on pas même penser qu'il la favorisoit cette répugnance? Au moins paroît-il fort éloigné de la blâmer. Mais non: il nous rassure sur ses motifs; l'amour du bien & du vrai a été son seul mobile. Il faut l'en croire, d'autant plus que ses observations mêmes fournissent un triomphe complet au régime végétal.
Suivons M. de la Coudraye dans la liste qu'il nous a donnée, sans nous inquiéter de la partialité avec laquelle elle peut avoir été faite: quand on a plus que raison, on peut faire des sacrifices.
Cette liste nous offre:
| Malades qui l'ont été depuis vingt-quatre heures, jusqu'à cinq jours, | 40. |
| Malades dont on n'a indiqué que le jour d'entrée au poste, & non celui de sortie, & qui n'y ont peut-être fait que paroître, puisque, parmi les quarante ci-dessus, plusieurs n'y ont passé que vingt-quatre & quarante-huit heures, | 24. |
| Malades qui sont restés à l'infirmerie, depuis cinq jours jusqu'à dix, | 51. |
| Malades qui l'ont été depuis dix jours jusqu'à quinze, | 6. |
| Scorbutiques[6] attaqués, soit légèrement, soit d'une manière plus grave, | 5. |
| Blessé pendant quarante-deux jours au poste des malades, | 1. |
| Malade attaqué d'un abcès, guéri après soixante-douze jours de traitement, | 1. |
| Malades attaqués de fievres continues putrides, dont la moitié ont été rétablis avant le vingt-cinquième jour, & les autres ayant été à l'infirmerie depuis trente jusqu'à soixante jours, | 8. |
| Ce qui nous donne un total, sur deux cens quarante-cinq individus, de cent trente-six maladies, ci | 136. |
[ [6] Nota. Que tous les scorbutiques se sont rétablis à bord, & même assez promptement, en continuant le régime végétal, auquel on a eu seulement le soin de joindre les acidules, que j'ai recommandé contre le scorbut dans mon Traité des Maladies des Gens de mer.
Mais parmi ce nombre, nous ne pouvons compter que huit maladies graves, qui sont les fievres continues dont nous venons de parler. Des fievres qui n'ont tenu les malades que quatre, huit ou dix jours à l'infirmerie, étoient plutôt des indispositions, que de vraies maladies. Rien donc de plus juste que la réflexion de M. Dorves, lorsqu'il dit; nous avons eu des malades, mais presque pas de maladies. Peut-on en douter, lorsqu'il est prouvé par le fait, que non-seulement il n'est mort personne sur la frégate la Belle-Poule, mais encore qu'il n'y a eu aucun malade dans un danger marqué? Et ce qu'il y a sur-tout à observer, c'est que tout le monde s'est rétabli à bord, & qu'à l'arrivée en France, tout l'équipage jouissoit d'une bonne santé, quoiqu'il eût continué le régime végétal.
Après avoir démontré, par le nombre des maladies qui ont régné parmi les deux classes d'individus qui se trouvoient dans la Belle-Poule, le très-grand avantage du régime végétal, tout informe qu'il a été, non sur des salaisons souvent gâtées, mais sur la nourriture avec des viandes fraîches, il me reste à prouver la prééminence de ce nouveau régime, en opposant le retour complet de son équipage en France, avec la perte qu'ont essuyée, d'une partie du leur, quelques frégates, qui ont fait, comme la Belle-Poule, le voyage de l'Amérique, & dont la campagne n'a été qu'un peu plus longue, sans être plus difficile, mais dont l'approvisionnement étoit en viandes salées, en morue, en sardines, suivant l'ancien usage. C'est par de pareils faits que l'envie devroit être terrassée, si elle pouvoit l'être.