C’est par eux qu’ont été construits les cirques, les riches basiliques, les temples somptueux, les plus beaux monuments de la Rome républicaine, et qu’ont été données, en vertu d’engagements pris d’avance quelquefois, les fêtes fastueuses pour lesquelles l’univers entier était mis à contribution. Ce sont là encore des faits bien connus. Nous nous bornons à les signaler, ainsi que nous l’avons fait pour les lois, comme des traits essentiels, dans les vues d’ensemble que nous voulons indiquer.
Après les conquêtes de la Grèce et de l’Asie, notamment, l’or avait afflué tout à coup dans Rome. M. Duruy a dit justement, en étudiant cette époque : « L’or est comme l’eau des fleuves ; s’il inonde subitement, il dévaste ; qu’on le divise en mille canaux où il circule lentement, et il porte partout la fécondité et la vie[64]. » Rien n’est plus frappant dans l’histoire de Rome.
[64] Duruy, II, chap. XIX. Salluste, Catilina, V, VI, X, XII ; Vell. Pat., II, 2 ; Florus, III, 13. Voir l’intéressant et judicieux discours préliminaire de l’Histoire des révolutions romaines de Vertot. L’esprit et l’inutilité des lois somptuaires est bien indiqué dans cet ouvrage, très vieilli d’ailleurs.
Il serait aisé de multiplier les exemples de prodigalités, en vue desquelles les généraux vainqueurs ruinaient les provinces conquises. Mais plus redoutables encore en cela, pour leur patrie, ils venaient y porter, avec les richesses mal acquises, la corruption des mœurs[65].
[65] Appien, Bel. civ., liv. II, 26. Plut., Cæs., 29 ; Pomp., 58.
César, pour se faire des partisans, donna au consul Paul-Émile près de 8 millions de francs ; à Curius, tribun du peuple, 12 millions pour acquitter ses dettes[66], car nos faillites et nos liquidations sont encore peu de chose, à côté des dettes personnelles de ce temps ; à Marc-Antoine, son lieutenant dans les Gaules, 12 millions[67] ; il avait aussi payé ses propres dettes, qui se montaient à 5 millions[68]. « Il fit établir pour le peuple de Rome, un Forum entouré de portiques en marbre et décoré d’une villa publique ; l’emplacement seul avait coûté 100 millions de sesterces, plus de 20 millions de francs. Pour que sa gloire et son influence fussent partout présentes, il décorait les villes d’Italie, d’Espagne, des Gaules, de Grèce et d’Asie-Mineure, tout comme si l’empire eût déjà été son patrimoine. Aux rois, il envoyait en don des milliers de captifs ; aux provinces, il donnait, sans consulter le peuple ni le Sénat, tous les secours dont elles avaient besoin. » Ces dons, et bien d’autres, ne l’empêchèrent pas de demeurer puissamment riche. Cicéron dit un jour publiquement au Sénat, que César, qui avait en ce moment, en Gaule, une armée de cinquante mille hommes, aurait pu la solder avec ses seules ressources[69] ; mais qu’elles étaient légitimement son bien, et que c’était à la République à payer les armées de ses généraux.
[66] Vell. Pat., II, 48.
[67] App. Ibid.
[68] App., Ibid. Plut., Cæs., 11.
[69] Cic., Prov. consul., 11 ; Pro balbo, 27. — Voy. Dezobry, Rome au siècle d’Auguste, III, p. 388. Duruy, Hist. des Romains, II, chap. XXVI et suiv.