Pompée avait fait construire un théâtre où quarante mille spectateurs pouvaient contenir ; dans les premières fêtes qu’il y donna, figurèrent des éléphants et d’autres animaux de toute espèce en grand nombre ; cinq cents lions y furent tués[70]. Gaius César faisait apporter les bêtes féroces aux jeux, dans des cages d’argent. Æmilius Scaurus bâtit pour quatre-vingt mille spectateurs, un théâtre soutenu par trois cent soixante colonnes de marbre et orné de trois mille statues d’airain[71]. Tout cela, avec la valeur artistique qu’y apportaient les Grecs, laisse bien en arrière ce que nous appelons les splendeurs modernes. On sait, malheureusement, quelle était la source de ces richesses.
[70] Plut., In Pomp., 54.
[71] Voy., sur ce point et sur le luxe de cette époque, Duruy, t. II, chap. XX.
Antoine ayant accepté toutes les flatteries hyperboliques des Grecs, se laissa fiancer par eux à Minerve ; mais il se hâta ensuite de réclamer la dot de la déesse, qu’il ne voulut pas prendre à moins de 10 millions de drachmes (8,694,400 francs). Cette plaisanterie juridique dut déplaire, sans doute, aux esprits raffinés de l’Attique ; les Romains avaient, si on les compare aux Grecs, l’imagination sèche et courte, mais ils avaient des goûts pratiques et peu de sensibilité dans l’âme, surtout à l’égard des étrangers.
La plupart de ces abus étaient, au reste, non seulement tolérés, mais encouragés par l’esprit public. Il fallait bien qu’un consulaire s’enrichît aux dépens des provinces, pour l’honneur du peuple romain lui-même. Comment admettre que celui qui avait commandé au peuple-roi, rentrât, comme au vieux temps, dans sa modeste maison, et se confondît dans la foule venue à Rome, de tous les points de l’univers.
Pendant ce temps, les publicains, plus riches que des rois, prêtaient aux peuples, bouleversaient des empires par leur argent, continuaient leurs exactions, et gardaient, le plus possible, leur part de gouvernement. Nous verrons plus loin tous ces faits se dérouler logiquement dans l’ordre des époques[72].
[72] Infra, chap. III : Suite chronologique des événements de l’histoire romaine concernant les publicains et les banquiers (Histoire externe).
« On faisait mille crimes », écrit Montesquieu, « pour donner aux Romains tout l’argent du monde. »
Déjà, de son temps, Caius Gracchus disait au Sénat : Il y a ici trois camps : dans le premier on est à vendre, dans le second on est vendu à Nicomède, mais dans le troisième on est plus habile, on reçoit de toutes les mains et l’on trompe tout le monde[73].
[73] Aulu-Gelle, II, 10. Mommsen, V, p. 67, note.