[80] Viollet-le-Duc, Entretiens sur l’architecture, 3e entretien, p. 93.

Le patriotisme héroïque des ancêtres avait cédé la place, dans le cœur de ces nouveaux citoyens, à l’orgueil égoïste de la fortune. Il fallut l’empire pour humilier ces vanités malfaisantes ; il fallut le culte scientifique et le respect du droit privé, pour rectifier les esprits agités ; il fallut surtout le christianisme, pour relever les âmes avilies par le vice d’abord, et ensuite par la servitude politique.

Les Grecs ont été les artistes de Rome, et c’est à eux, presque exclusivement, que l’on doit les belles œuvres de sculpture, dont les Romains décoraient leurs places publiques ou leurs solides monuments. Par eux pénétra aussi dans les esprits, l’amour des lettres. « La muse au vol rapide vint visiter la nation sauvage de Romulus[81]. » Mais c’est par eux aussi que les procédés malhonnêtes se sont introduits dans les usages privés et les spéculations de Rome. Ils ont servi d’intermédiaires et d’agents, aux mœurs dépravées qui venaient de leur pays. Ils ont trafiqué de leur vieille expérience, pour initier les rudes et belliqueux laboureurs, devenus riches, à tous les raffinements du luxe et des vices du monde de l’Orient déjà usé.

[81] Aul. Gel., XVII, 21, 45. G. Boissier, La Religion romaine, Introd., chap. I, p. 46.

Les chevaliers, enrichis par leurs grandes spéculations et leurs entreprises lointaines, aussi bien que les patriciens gorgés de l’or de leurs proconsulats, connurent, comme nos financiers modernes et plus encore, toutes les recherches de la vie opulente. Il ne faut pas arriver à l’époque de Mécène, d’Horace et d’Auguste, pour voir apparaître les villas somptueuses des environs de Rome ou de Naples, avec leurs belles eaux courantes, leurs cascatelles, leurs épais ombrages, leurs splendides horizons ménagés à plaisir[82]. Au sixième siècle de Rome, on suit déjà les stations balnéaires pleines de charmes, dans la montagne, ou sur les rivages d’une mer admirable, avec leurs excursions bruyantes et coûteuses, leurs spectacles et leurs jeux. Depuis la seconde guerre punique, les scorta s’étaient multipliées comme les mouches quand il fait très chaud ; ce sont les expressions mêmes de Plaute. Elles se tenaient surtout, avec les lenones, autour des argentariæ, là où se pratiquait le maniement de l’argent et de l’or, au Forum[83].

[82] Voir, pour les détails sur les fortunes privées à Rome, Duruy, Histoire des Romains, t. I, chap. XIX.

[83] Plaute, Truculent., I, 1, 45 :

« Nam nunc lenonum et scortorum plus est fere

Quam olim muscarum est, quom caletur maxime. »

Le nombre des esclaves attachés au service de la maison se compte par centaines, et nous ne pouvons pas, par ce que nous voyons autour de nous, nous faire une idée du luxe devenu de bon ton à Rome, avec les mœurs asiatiques[84].